vendredi 25 septembre 2015

Une jounée comme presqu'un autre

25 septembre 2015

Hier soir je me suis couché tôt, m'endormant devant la télé, vers 21H00, pour me réveiller ce matin à 7H30. Immédiatement mes pensées étaient dirigées vers les médecins qui me suivant au Mittan et, de fil en aiguille, j'en arrivais à Paris, l'hôpital La pitié-salpêtrière, et mon entrevu avec le professeur qui dirige le service de radiothérapie. Je nous inventais je ne sais quelle conversion, puis brusquement, presque brutalement, je réalisais que j'étais sur mon balcon, buvant mon café et fumant mon premier cigarillo de la journée. Ce fût comme une chute vertigineuse. J'ai également croiser Cynthia qui se préparait pour se rendre au collège et, un quart d'heure plus tard elle partait. Je fus déçu de la voir si peu longtemps et, à présent, il me faudra attendre ce soir pour la retrouver.

Comme chaque jour, lorsque mon état le permet, je vais écrire ponctuellement toute la journée. Mais sur quoi, je n'en sais rien. Qu'est-ce qui va me traverser l'esprit aujourd'hui, sur quoi aurais-je envie de m'arrêter, quelle pensée, quel sentiment ? Je sais simplement que mon rendez-vous avec mon psychiatre n'a pas eu lieu hier, celui-ci s'étant emmêlé les pinceaux dans ses rendez-vous. Du coup, la séance est reportée à cet après-midi. Enfin, ce week-end il va falloir que je m’attelle à trouver parmi tous mes papiers, il y en a des cartons entiers, les documents dont j'aurai besoin pour créer mon dossier de demande de logement social. Il ne s'agit pas de grand chose, juste le documents concernant mon invalidité et ma reconnaissance d'adulte handicapé, mais impossible de savoir où je les ai mis. De même, il faudra que je fasse des copies des rapports des médecins qui concernent mon état médical et imprimer la fiche de mes ressources financières. Après, une fois le dossier créé et déposé, comme le disent beaucoup, ce sera à la grâce de dieu, ou de mes relations.

Bref, j'écris, certes, mais ce que je raconte n'est guère passionnant. C'est comme s'il manquait du tragique, mais le tragique qui est derrière ces mots, vous le connaissez par cœur, et moi-aussi.

Comme hier, je n'ai envie de m'attarder sur rien en particulier, pour ainsi ne penser à rien. Pour ce faire, à chaque nouvelle heure je prends un calmant, le fameux Xanax, ce qui fera qu'aujourd'hui, au lieu des six qui me sont prescrits journellement, j'en prendrai aux alentours de dix, un peu plus ou un peu moins, cela dépendra de mon état psychologique. Effectivement, j'ai envie de me ressentir comme un flâneur, comme quelqu'un qui ferait les boutiques sans avoir l'intention d'achetter quoi que ce soit, regardant à droite, à gauche, sans s'arrêter véritablement sur quoi que ce soit, être un touriste qui, parce qu'il y a trop de choses à découvrir, comme par exemple à Paris, n'a enfin de compte pas le temps de s'attarder réellement sur ce qu'il voit. Bref, c'est être dans le superficielle, l'état que je recherche pour moi en ce jour, sans doute pour ne pas focaliser sur ma maladie, sur ce qui s'annonce, me détacher, m'éloigner de moi-même, c'est donc une espèce de fuite. Pour autant, est-ce une fuite en avant ? Mais vers quoi alors ? Vers ma volonté, mon désir, que tout cela ne soit pas, ni cancer, ni complication de ce dernier ? Fuite envers mes craintes, ma peur de ce qu'il peut advenir et ce qui se passe actuellement ? Oui, je crois que c'est surtout de cela qu'il s'agit, de ma peur que je veux fuir. Mais bon, je suis parti dans ce délire aujourd'hui, c'est bien une forme de lâcheté, je le conçois très parfaitement, mais je m'octroie ce repos cette journée sans aucune anxiété, c'est ainsi que je la veux, c'est ainsi qu'elle se fera.

De même, toujours aujourd'hui, j'ai envie de me faire plaisir et tandis que d'habitude à midi je suis dehors avec la faim qui me gagne, l'appétit qui s'ouvre, se manifeste à mon esprit, je ne déjeune pourtant pas, non seulement pare que je n'ai pas envie de me retrouver enfermé chez moi, même si Cynthia est là, mais aussi parce que je n'en ai pas les moyens financiers. Cependant, bien que je sois déjà à découvert sur mon compte bancaire, je mangerai dehors ce midi, encore une fois comme un touriste, même si je sais pertinemment que je devrai y aller mollo sur les dépenses en prévision du mois d'octobre et de la venue de ma fille. Mais bon, j'ai toujours été un mauvais gestionnaire de ma bourse, quelque soit le montant de mes revenus, toujours sur le fil, parfois même celui du rasoir, mais cela ne me gêne guerre plus, moins encore aujourd'hui, car le jour où je serai dans ma tombe s’envoleront également mes dettes, si tant est que j'en ai à ce moment-là.

Sinon, de la terrasse de café où je suis installé, j'observe les belfortains. Il n'y a pas à dire, contrairement aux rennais, le sourire n'a pas l'air d'être inscrit dans leur patrimoine, dans leurs us et coutumes. Tous ont l'air grave, des plus jeunes aux plus vieux, et n'incite vraiment pas à aller vers eux. De même, si je parviens à trouver un logement à Paris, je suis d'avis que je serai plus souvent là-bas qu'à Belfort.

Je suis d'avis que j'ai un peu trop forcé sur les calmants, car je n'arrive plus à me concentrer sur quoi que ce soit, excepté ma maladie qui ne veut décidément pas quitté mon esprit. D'aucun et d'aucune qui ont un cancer se refusent à se considérer uniquement à travers ce prisme. Pour ma part, il m'est impossible de ne pas me voir que comme un malade, qui plus est en sursis.

Je ne sais pourquoi, mais j'ai envie de parler de ma sœur, de ma mère, bref de ma famille, mais le sujet est tellement vaste, il y aurait tant de choses à en dire, qu j'abdique. Comment expliquer, faire comprendre, ce qu'est cette famille chaotique, où pas l'un d'entre nous n'a réussi sa vie, sauf moi sur le tard, lorsque j'ai rencontré Cynthia ? Oui, je ne sais comment je pourrai résumer cela. Cependant, à présent je ne me sens plus de cette famille. C'est un autre qui en fît en partie, un autre disparu au fur et à mesure que sa maladie progressait, que psychologiquement il s'est vu en quête de nouveaux besoins, que de manière relationnelle il ne pouvait plus rester dans le conformisme de naguère, qu'il lui fallait autour de lui des personnes qui l'apaise, mêmes malgré elles, toutes choses qu'aucun membre de ma famille n'a jamais pu m'apporter. Tous, chacun à leur niveau, ont déjà un fardeau trop lourd à porter et, parce que je les connais, je ne peux être imperméable à ces derniers, mais leur fardeau me semble tellement subalterne au mien, que de les voir ainsi les prendre si au sérieux, car là-aussi il s'agit pour une bonne part de souci financier, de se miner le moral pour cela et d'autres raisons, d'ordre affective, d'image de soi, que je ne me sens plus du tout de leur monde et, c'est triste à dire, mais leur problème ne m'affecte plus, voire me lasse tant ils sont présents depuis des années et des années. Néanmoins, même si je n'écrirai guère plus sur le sujet, cela me fait du bien, c'est ma de verser ces quelques lignes.  Dorénavant, ma seule famille c'est ma fille, ma nièce, Cynthia et son père. Il n'y a qu'avec eux que veux entretenir des liens, pour lesquels je serai près à faire des efforts, dans la limite de ce que je peux encore entreprendre. Oui, les fardeaux qui leur sont propre, je suis prêt à les porter avec eux, à les accompagner, et, dans le mesure du possible, à les aider à trouver des solutions.

Dans la même veine, je ne cesse de penser à notre couple, Cynthia et moi, à ce qu'il a été avant ma maladie, à ce qu'il est devenu depuis, et à ce qu'il deviendra si je trouve un logement sur Paris, faisant que nous nous verrons de moins en moins et, peut-être, plus du tout. Quelque part je trouve cela injuste. Nous sommes partis de rien, d'absolument rien, et maintenant que tout est en place pour entreprendre des projets à moyen ou long-terme, ma maladie met tout cela à mal, détricote notre relation antérieure, et c'est une autre qui se construit depuis deux ans, une relation dont je ne saurai vous dire sa véritable nature.

Sinon, je viens de sortir de me séance avec mon psys, lors desquelles je l'ai mis au courant des dernières nouvelles, car il était absent pendant plus de quinze jour et n'était pas au fait des dernière nouvelles. Juste à la fin de la consultation, à peu près à la heure qu'hier, je fus pris d'une crise d'épilepsie partielle. Elle dura moins longtemps qu'hier et c'est dans salle d'attente que j'attendis qu'elle passe complètement. Du coup je pense à Leila, lorsqu'elle me racontait que c'est ce qui lui arrivait régulièrement alors, mais qu'aucun autour d'elle ne le soupçonnais lorsque cela j'arrivais. Dans mon cas, dès lors que je tiens ma main droite, c'est pareil. Cependant j'hésite à augmenter la cortisone, car si j'en prend plus je serai irascible, je le sais bien. C'est pour lui, finir crise pour courte, elle m'a vidée de me énergie et, là, je suis encore à assis à table terrasse de café pour récupérer. J'ai entendu la signaler à Cynthia qui est, elle, est favorable que j'ai j'augmente la cortisone. Effectivement, si cela m'arrive maintenant tous les jours, sans doute n'aurai-je pas d'autre choix. Néanmoins et je vais attendre encore attendre demain, voire comment cela ce passe, et agirai en fonction. Enfin, en accord avec mon psy, il est convenue que j'arrête mon antidépresseur, un tous le deux jours pendant quinze jours, puis l'arrêt total de ce dernier. Si ce dernier fait l'effet que cela me produise trop de déprime, ou trop de tristesse que je ne saurai gérer, alors je reprendrai l'antidépresseur.

Quoi qu'il en soit, en commençant à penser à tout ce qui va se passer en octobre, je suis déjà épuisé à l'avance, rien que le fait de cogiter à tous les examens que l'on va certainement me faire passer, plus toute la partie administrative concernant mon changement de sécu, de caf, afin que tout soit transmis de Belfort à Paris. De même, je pense que dès le 2 octobre, après mon entretien avec le professeur, j'irai immédiatement m'inscrire en foyer d'accueil pour y dormir le soir même et entreprendre avec une assistante sociale de ce foyer de quoi monter un dossier de demande de logement. Bien évidement, en tous cas au début, je serai dans un dortoir, au milieu des clochard qui, pour la plupart, ne se lavent jamais, pues, mais importe, s'il faut en passer par là pour que mon dossier passe en priorité, je le ferai sans hésiter. Certes, je serai obligé d'être à une certaine heure dans le foyer, en général entre 19H00 et 20H00, puis enfermé jusqu'au lendemain matin, mais cela ne me dérange guère car je pense que dès que l'assistante sociale connaîtra ma situation exacte, c'est à dire ma maladie et ma prise en charge par l'hôpital, elle fera tout pour que j'ai au moins une chambre d'hôtel le plus rapidement possible, le temps de trouver urgemment un logement. La journée, les foyers étant fermé, soit je passerai mon temps au café, comme je le fais déjà actuellement, soit je passerai voir ma famille ou mes amis. Ainsi, si le timing est bon, je serai dans un logement durable, hôtel ou autre, n'ayant plus l'obligation de rentrer à quel qu’heure que ce soit, lorsque ma fille arrivera à Paris. Du coup je pourrai rester avec elle une partie de la soirée, voire dormir chez ma mère le cas échéant, mais la plupart du temps je rentrerai dans le logement provisoire qui me sera attribué et rejoindrai ma fille, chez ma mère ou ma sœur, le lendemain matin. Oui, plus ça va et plus je pense que je vais officiellement me faire domicilier à Paris, en faisant ma demeure principale. Tant pis pour Belfort, cela ne m'empêchera pas de participer au frais financier que nécessite notre logement avec Cynthia, le temps qu'elle déménage à nouveau lorsque bon lui semblera. Oui, quoi que me réserve la médecine, surtout s'il s'agit de chirurgie, je trouve bien plus préférable de rester à proximité de l'hôpital. 

jeudi 24 septembre 2015

Mon jeudi

24 septembre 2015


Aujourd'hui je n'ai envie de penser à rien de précis, de ne pas focaliser sur un événement, un être ou une action. En ce moment, tous les jours j'ai mal au crâne. Cela me prend toujours deux à trois heures après mon réveil. Alors je prends des antalgiques, puissants, et une bonne heure après leur effet agit. Je repense à Virginie, à la conversation téléphonique que j'ai eu avec elle il y a quelques jours concernant sa relation avec François, lui aussi atteint d'un cancer au cerveau. Elle l'a connu six mois avant la découverte de ce cancer et ils commencèrent véritablement à former un couple, c’était les prémisses. Mais depuis l'apparition de ce cancer et de tout ce qui s'en est ensuivit, opération, soins, traitement, François a plus que changé, ne s'est plus investi dans la formation de leur couple comme jadis, Virginie est donc pénalisée, forcément frustrée de temps à autre, mais comme elle veut François, et pas qu'un peu, elle s'accroche, mais tout cela n'est vraiment pas simple, comme si François hésitait à se lancer dans l'aventure ou non, car il pense, comme moi, qu'il n'a plus beaucoup de temps devant lui, à tort ou à raison, et un jour il fait de vrais pas vers elle et, d'autres jours, il lui dit ou fait comprendre qu'il faut qu'elle fasse sa vie, indépendamment de lui, comme je le dis parfois à Cynthia. Oui, toutes les deux ne sont pas à des places simples et, de manière très égocentrique, je préfère ma place à la leur. Il est vrai que de part et d'autre nous sommes dans l'attente, mais ce n'est pas du tout le même type d'attente. Nous, c'est l'attente de la mort, de notre fin, et nous n'avons strictement aucun effort à faire pour que cela soit ainsi un beau jour. De même, parce que la maladie et ses traitements nous diminuent physiquement, voire moralement, nous ne pouvons plus aller au delà de nous-même, nous surpasser comme dans les temps anciens, ce qui génère que nous ne pouvons plus le faire pour les autres également et entraîne, de mon point de vue, l'élimination dans notre entourage, à court terme ou à moyen terme, des personnes et activités que nous ne sommes plus en mesure de supporter, ne pouvant plus faire les efforts nécessaires à l'entretien de tout cela, surtout aux humeurs et comportements qui nous contrarient. C'est comme si notre seuil de tolérance n'était plus le même qu'auparavant.

Je pense également à ma fille qui viendra peut-être plus longtemps que prévu à Paris. Je me demande comment cela se passera entre nous, qu'est-ce que nous ferons ensemble, car du fait de ma diminution physique, même des promenades seront difficile à faire pour moi. Enfin, du fait de mes faibles ressources financières, je ne pourrai pas lui offrir beaucoup de sorties, que ce soit cinéma ou autres. Oui, j'ai peur qu'elle s'ennuie, car il est clair que ce qui me convient, que ce que je peux faire ou non, comme être assis toute une après-midi à une terrasse de café, n'est pas sa tasse de thé. Oui, les envies des enfants, des adolescents, ne peuvent être les mêmes que ceux de leurs parents, en tout cas de manière générale. Elle, elle délire avec son iphone et est capable de rester toute la journée à ce dernier. De même, lorsque je lui prête mon ordinateur, c'est pour voir des clips musicaux sur youtube ou faire des jeux en lignes. Là aussi, elle pourrait faire ça toute la journée. C'est la génération « écrans », que ce soit par le biais du téléphone, de l'ordinateur, des tablettes ou de la télévision. Néanmoins j'essayerai de l'emmener dans un musée ou deux, tel le Louvre où, je crois, elle n'a jamais été. De même, je l'emmènerai à Montmartre, bien qu'elle connaisse déjà, car de mémoire il me semble qu'elle avait apprécié ce quartier de Paris, ce village dans la ville. Je pense également l'amener sur les quais du treizième arrondissement où ont été aménagés tout un tas d'espace pour faire des activités, que ce soit du skate, de la danse, du roller, de la gymnastique ou encore de la musique. Cet endroit-là, je sais qu'elle ne le connais pas et je verrai bien s'il lui plaît. Le treizième arrondissement étant le quartier « chinois » de Paris, je pense que nous mangerons asiatique ce jour-là, dans l'un des nombreux restaurant qui propose des buffets à volonté. De même, avec mon ami Césard que je vois peu, voire pas du tout lorsque je suis à Paris et ce, du fait qu'il habite en grande banlieue, à la limite de l'île de France, et qu'il termine tard son travail, nous avons convenu de tout faire pour que ma fille et moi passions un week-end chez lui, dans sa famille. Jade l'a rencontré une fois, chez lui, avant que ne se déclare mon cancer, et elle l'avait fortement apprécié. Je pense donc que ce sera un bon week-end, si cela se fait, surtout que cette fois ses enfants seront là, tous adolescents, et qu'elle pourra s'occuper et s'amuser avec eux. De même, si toute la famille de Césard est là, elle va découvrir une autre forme de vie, car la famille étant musulmane pratiquante, elle va assister à des rites qu'elle ne connaît pas, comme la prière cinq fois par jour, et voir des tenues vestimentaires nouvelles.

Sinon j'ai appelé mon beau-père, Bernard, pour avoir des nouvelles de ma belle-mère. Comme chaque jours, elles ne sont guère fameuses, la situation ne s'améliore pas du tout, elle ne cesse de se plaindre de douleurs dans ses bras et ses jambes, n'a plus de sensation dans sa main droite, comme si elle avait perdu le sens du toucher. Par exemple, dès qu'on lui met quelque chose dans sa main, comme un verre d'eau, immédiatement elle le laisse tomber, ne peut le tenir car elle ne le ressent pas entre ses doigts. Du coup, qu'il s'agisse de boire ou de manger, il faut quelqu'un pour prendre en charge cette tâche. J'ai dit à Bernard que, dès que possible, je descendrai à Lyon, avant qu'il ne soit trop tard, pendant qu'il est encore temps, certainement début novembre si mon propre cas ne me retient pas à Paris. J'essayerai de me bloquer un week-end pour cela.

Je n'ai pas envie de penser à ma maladie, à mon cas propre, mais elle est tellement omniprésente dans mon quotidien, à travers ma belle-mère par exemple, que j'ai bien du mal à le faire. Je crois que c'est mission impossible. Tout à l'heure je dois voir mon psychiatre et, si je ne l'oublie pas, je vais aborder le sujet de l'arrêt de mon antidépresseur. Effectivement, je veux être dans le vrai avec moi-même par rapport à l'évolution de mon cancer, et non pas dans la position où je m'observe à travers un filtre chimique, faussant la donne, faussant mes réflexions en conséquence. Tant pis si cela doit me mener à l'inquiétude, j'essayerai de la gérer, tant pis si cela doit me mener également à quelques moments de déprime, là aussi j'essayerai de gérer, et c'est uniquement en désespoir de cause, si vraiment je n'arrive pas à me maintenir debout psychologiquement, que je reviendrai vers les antidépresseurs. A côté de cela, j'ai les calmants et un neuroleptique, et je pense que c'est amplement suffisant.

Tout à l'heure, pendant que j'écrivais, j'ai fait une crise d'épilepsie partielle, identique à celle que j'avais faite dans le TGV lorsque je suis à Paris pour passer mon Spectro IRM. Elle à duré un peu plus de cinq minutes où j'étais pris entre les convulsions de mon cou, comme s'il voulait cogner ma tête contre un mur, et celle de ma droite, de ses doigts qui voulaient comme pénétrer et se confondre dans ma paume. Ils étaient si crispés, si recroquevillé sur eux-même, que je ne parvenais pas à les redresser avec ma main gauche. Puis, tout commença à se stabiliser l'espace d'une minute, les doigts de ma main droite se relâchant, se détendant, jusqu'à ce que cela me reprenne. Cette fois mon coup était calme, mais ma main droite refis le même cirque et, bien malgré moi, mon avant bras la faisait monter inexorablement vers mon visage. Je dû donc user de la force de mon bras gauche pour contenir mon avant bras droit, le maintenant coincé entre mes deux jambes, le temps que la crise passe. Une fois celle-ci passé, impossible néanmoins de me servir de ma main droite et, ce, pendant presque deux heures. C'est seulement maintenant que je retrouve un peu de dextérité avec mes doigts, mais ce n'est pas encore ça, preuve en est que je tape sur mon clavier uniquement avec mes doigts gauche. De même, bien qu'il n'y paraisse pas, cela m'a littéralement vidé, comme si j'avais fait un déménagement, transportant par les escaliers tous les cartons à monter. Là aussi, ce n'est que depuis peu que je sens un peu de ma force revenir. Donc voilà, même lorsque je ne veux pas penser à mon cancer, l'une de ses manifestations se rappelle à mon souvenir.

Néanmoins ma journée fût agréable, pas un seul moment je ne me suis ennuyé et, contrairement aux jours précédents, le beau temps était là. J'espère que pour vous il en a été de même, qu'aucune mauvaise nouvelle n'est venue assombrir le paysage.

mercredi 23 septembre 2015

Ma belle-mère

23 septembre 2015


Suite à ma conversation avec Cynthia hier soir et à mon échange ce matin avec Frank, je me suis résolu à appeler ma mère. Lorsqu'elle décrocha, elle me parla comme si rien ne s'était passé, au pire une broutille, bref, les propos qu'elle m'a tenu seraient sans importance, comme s'ils n'avaient jamais existé. Nous nous sommes donc mis d'accord pour qu'elle m'héberge ma fille et moi, y compris ma personne après, si je devais rester plus longtemps sur Paris. A présent il me faut donc prévenir ma sœur de ce nouveau changement de programme et j'espère qu'il n'y en aura plus d'autres. Quant à ce que je ferai vis-à-vis de ma mère par la suite, après le départ de Jade de Paris, je ne sais pas quel posture je prendrai. Quoi qu'il en soit, il reste sûr que je ne quitterai pas Paris sans avoir mon propre logement là-bas.

Aujourd'hui, à Belfort, le temps est vraiment maussade, tantôt à la pluie fine,tantôt à la pluie forte, et lorsqu'il ne pleut pas, c'est un ciel entièrement couvert de nuages plus ou moins noirs,qui surplombe la ville. De plus il y a un peu de vent, un vent frais, qui amène à bien se couvrir. Pour ma part je porte une doudoune qui me tient bien chaud. En début d’après-midi j'ai été réglé  des détails administratifs auprès de le sécu et de la CAF, afin de ne pas avoir de mauvaises surprise lorsque je serai à Paris. Mes dossiers devraient être bouclés d'ici la fin de semaine.

J'ai également appelé mon beau-père, comme hier et avant-hier, pour prendre des nouvelles de ma belle-mère. On lui a enlevé hier soir le drain que l'on le lui avait posé il y a quelques jours, mais son état général ne va guère mieux. En plus des douleurs qu'elle a dans les os, j'ai appris qu'elle en avait également dans les jambes et dans les bras, dû également à son cancer généralisé. Ma belle-mère devait reprendre ses séances de chimiothérapie à partir de la semaine prochaine, mais l'oncologue pense que son corps ne pourra pas le supporter, qu'au contraire cela affaiblirai plus encore ma belle-mère, et ait donc défavorable à la poursuite des soins, préconisant uniquement la prise en charge de la douleur à coup de morphine et autres médicaments. Il s'ensuit qu'une réunion familiale avec l'oncologue est à programmer pour décider de la marche à suivre, soit l'acharnement thérapeutique, soit l'arrêt des soins et l'attente plus ou moins imminente de la mort de ma belle-mère. Pour mon beau-père, l'affaire est entendue dans ce sens où, comme il me l'a dit, chaque soir il angoisse que l'hôpital l'appelle pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. De même, lorsqu'il s'agira de décider avec ses trois filles de la poursuite ou non des soins, il est plus que dans l'embarras quant au choix à faire. Sincèrement je ne voudrai pas être à sa place, à celle de Cynthia et de ses sœurs. Oui, c'est décider non de la mort d'un être, elle est condamnée, mais de la durée de vie que l'on veut lui octroyer. Soit le maximum, ce qui implique la chimiothérapie sans ôter pour autant les douleurs, soit pour laisser venir naturellement sa mort afin qu'elle souffre le moins longtemps possible. De même, il serait bien qu'elle puisse donner son avis, mais en l'état elle n'est plus capable de raisonner, de comprendre ce qu'on lui dit, et passe l'intégralité de ses nuits et de ses jours à dormir, à trois ou quatre heure près, heures d'éveil où elle est complètement somnolente, à moitié endormie, et  incompréhensible lorsqu'elle s'exprime.

Oui, plus ça va et plus je pense à ma belle-mère, plus je m'en inquiète et, comment dire, plus je tremble à l'idée de sa mort, de sa fin sûrement prochaine. Oui, me dire que peut-être je ne la reverrai plus est une idée douloureuse, que j'ai bien du mal à visualiser, même si ma raison me dit que c'est inévitable.