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samedi 10 octobre 2015

La vie continue

9 octobre 2015


Dehors depuis 11H00, il est à présent 15H30, je suis dans le centre de Paris, Aux Halles exactement, et rien ne m'inspire. Non je remarque depuis mon arrivée que plus aucun endroit ne m'inspire, ne m'aspire. Dire que je m'ennuie ne serait pas loin de la vérité, mais rester à ne rien faire ne me dérange pas non plus.

Parce qu'il fait frais à l'ombre, je suis installé au soleil et, si j'étais à la plage, je ferai une sieste. Tout cela pour vous dire que mon environnement ne m'incite pas à être actif, loin de là. D’ailleurs, si je m'écoutais réellement, je rentrerai chez moi faire une bonne sieste. C'est peut-être ce que je vais faire...

Depuis tout à l'heure, je suis dans la question que le médecin qui s'occupe de la mère de Cynthia a posé à toute sa famille. Si elle fait un arrêt cardiaque ou une suffocation, faudra-t-il la réanimer ou non ? Son père ne veut pas se prononcer, Cynthia est contre l’acharnement thérapeutique. Personnellement je partage le même point de vue qu'elle et, lorsque viendra mon tour, je veux qu'une décision similaire soit prise, je ne veux pas de réanimation, je ne me veux pas que l'on me réveille ou que l'on me fasse survivre si mon corps en a décidé autrement.

A présent il est 19H30, je suis de retour dans mon quartier, « A l'affiche » avec Tony depuis un peu plus d'une heure. Nous venons juste de nous quitter et, pour la première fois depuis mon arrivée à Paris, nous avons eu une conversion profonde, notamment sur nous trajectoires respectives et sur le rôle, l'importance ou non des parents, à partir de quand l'on peut considérer quelqu'un comme adulte, etc. Sur le rôle que je juge essentiel de notre environnement, nous n'étions pas d'accord. Lui estime qu'il arrive un jour où nous devons nous prendre en main et, à partir de là, nous sommes responsables de tout ce qui nous arrive, notre environnement n'étant que quantité négligeable.

Là, maintenant que ma tête est un peu plus réveillé, j'ai envie de m'attarder sur moi et ma maladie, mais sur quel point, que angle ?


10 octobre 2015

Aujourd'hui je me suis levé à 17H00. A présent il est 21H00, Tony vient de m'inviter à dîner et est rentré chez lui maintenant. Je ne suis pas réveillé, vraiment pas, et je pense que je ne vais pas tarder à aller me recoucher. Rien ne m'inspire, vraiment pas, hormis de me savoir à l'air libre, non enfermé entre quatre murs. Cependant, le bruit sonore parisien ne me permet pas de poser mon esprit, de réfléchir tranquillement, calmement. Aussi je regarde les voitures passer, quelques piétons marcher, et sens la fatigue toujours présente en moi.

Constatant à quel point je peux dormir, je m'interroge sur l'évolution de mes tumeurs. D'une part je me dis que le fait d'être suivi à Paris n'accélère pas le processus de soin et, d'autre part, que pendant ce temps mes tumeurs continuent à grossir, appuyant certainement sur des aires ou créant un dysfonctionnement sur les fonctions qui régulent le sommeil.

En ce moment, chaque soir je m'endors avec un documentaire en fond sonore, un documentaire anthropologique sur la naissance et l'évolution de notre espèce. Je les écoute tel que je regarde les gens autour de moi, qui qu'ils soient, comme ne me sentant plus concerné, comme appartenant à un monde complètement distincte, celui du passage, de la transition, de l’éphémère où je n'ai fait que transmettre le témoin en participant à la naissance d'un enfant et, ceci fait, mon utilité dans l'existence est ainsi close. C'est comme si, ayant fait ce pourquoi j'ai été moi-même fait, bien au-delà de la volonté de mes seuls parents, à savoir faire perdurer notre espèce à travers la reproduction, il n'y avait plus rien d'essentiel. Peut-être que si je participais activement à l'éducation de ma fille, à sa survie jusqu'à ce qu'elle soit autonome, je verrai les choses différemment, peut-être, mais en l'état je ne me sens plus participer de l'histoire de quiconque, ne le désire même plus, me sens en dehors des choses, comme absent de notre monde, sans plus de responsabilités quelconques, n'en voulant plus d'ailleurs, et attendant que le destin qui en a décidé ainsi en ce qui me concerne m'emporte une bonne fois pour toute dans la mort. Ainsi, en écoutant chaque documentaire le soir pour m'endormir, je me sens faire partie d'un grand tout, un misérable bout de la chaîne de l'évolution de notre espèce, c'est à dire rien ou presque, l’ego disparaît complètement ou presque, ce qui me permet de ne plus me sentir concerné par quelqu'un ou quelque chose en particulier, tout m'apparaissant, au final, insignifiant. Cet un état d'esprit étrange, état que je découvre un peu plus chaque jour, plus profondément, et aujourd'hui je sais que je pourrai vivre en ermite, c'est à dire sans plus de relation avec quiconque, ce qui aurait été impensable auparavant.

Cynthia pense que parce que plus grand chose ne m’intéresse, parce que je n'ai  plus envie d'échanger, je suis triste ou morose. De même, elle pense que l'approche la mort m'attriste également. Certes, cela m'a traversé une ou deux fois, mais c'est vite repartit. Non, je ne suis ni triste ni déprimé, raison pour laquelle j'ai arrêté de prendre mon antidépresseur, j'ai tout simplement accepté la plate réalité, que nous ne sommes là que pour un laps de temps, peu importe pour combien de temps, car le temps ne compte que pour les vivants, pas pour ceux qui sont morts ou qui sont certains de leur mort proche, tel que c'est mon cas. Donc j'essaye de profiter pleinement de chaque jour, évite de ressentir l'ennui, ce qui ne m'est guère difficile, il me suffit de marcher un peu, de changer de café et le tour est joué. Je ne pas ce que Cynthia s'imagine de ce qui se passe dans ma tête, de ce que j'en éprouve, mais je pense qu'elle est complètement à côté de la plaque, comme tous mes proches, à l'exception de Tony qui connaît cette expérience qui est mienne à présent. Oui, je deviens de plus en plus impassible envers le monde dans sa globalité, envers l'existence, quoi qu'il s'y passe, y compris au sujet de ma fille qui, même si elle ne le réalise pas et l'a moins encore assimilé, intégré, n'est là que pour durée plus qu'éphémère, une goutte d'eau dans l'océan, et dont les histoires et sa construction m'intéressent de moins en moins. Se construire une identité, asseoir sa place dans cette société, toute chose qui ne me parle plus, que je trouve à présent ridicule au possible, cela demandant des efforts non négligeables, mais pour quoi au bout du compte ? Elle le découvrira, comme vous tous d'ailleurs, lorsqu'elle se saura dans la dernière ligne droite, lorsqu'elle sentira charnellement la vie, l'énergie, quitter petit-à-petit son corps, comme un sceau plein d'eau qui se renverse progressivement, plus ou moins rapidement selon l'inclination qu'il a.

jeudi 8 octobre 2015

Perception de la vie

8 octobre 2015


Malgré une très bonne nuit, je ne me suis levé de mon lit que vers 16H00. A présent il est 21H00, je ne sais combien de temps je vais rester encore dehors. Aujourd'hui je n'ai vraiment rien à raconter sur moi-même, je ne me pose aucune question, je suis juste dans l'attente de la suite de mon aventure médicale.

Ma belle-mère a intégré la maison de repos médicalisée où elle devrait finir ses jours. Mon beau-père a demandé à l'oncologue combien de temps elle lui donnait encore à vivre. Quelques semaines, voici ce que fût sa réponse. Bref, une réponse guère réjouissante, non, mais comme l'a dit Cynthia, à quoi pouvait-on s'attendre d'autre ?

La mort, la maladie est omniprésente dans mon environnement. Avant-hier encore, un épicier de mon quartier, Ali que je connais depuis trente ans, passait des examens cardiologiques. L’après-midi même il était hospitalisé et subissait une intervention chirurgicale afin de lui déboucher deux artères à cause de cholestérol. Il doit repasser sur le billard dans dix jours pour deux autres artères. Quelque part il a eu de la chance, cela a été pris juste à temps, mais immanquablement cela va l'affaiblir. Il en va de même de Tony bien sûr. Même si depuis sa greffe le cancer lui fou la paix, il n'en subit pas moins les complications physiques de cette greffe. Enfin, je vois ma mère dont les forces diminuent fortement, ne plus du tout avoir l'énergie d'antan. Là, c'est l'effet de la vieillesse, elle a 73 ans, et le moindre truc qu'elle chope l'a met KO.  Oui, avant d'avoir mon cancer, je ne voyais qu'une partie de notre monde. Pour moi il n'y avait que de la vie, même si elle était misérable dans mon regard, même si c'était une vie en voie de fin, comme celle de mon grand-père maternelle à laquelle j'ai assisté de jour en jour, après l'opération d'une artère, opération pendant laquelle il a attrapé je ne sais quel microbe ou virus qui a eu reçu de lui. A présent, ce n'est plus ainsi. Quelque soit l'age de l'individu, je ne vois en lui qu'un chemin inéluctable vers la mort, même s'il n'en a pas pleinement ou pas du tout conscience. C'est l'autre revers de la médaille, à la différence que la vie n'est qu'une succession de moments éphémères, temporaires, alors que la mort semble être un moment éternel, qui est et perdure, quelque soit l'état de détérioration de notre corps. Aussi, si hier je voyais la maladie comme surtout handicapante, quelque soit la maladie, je voyais par dessus cette dernière le corps lutter pour vivre, donc la vie à l’œuvre pour perdurer le plus longtemps possible. A présent, je vois la maladie, quel qu’elle soit, comme un facteur de diminution de nos facultés et de notre temps de vie. Bref, c'est plus le processus de mort, sa logique que je vois à l’œuvre, que le processus de vie. La mort, cette énigme, a raison de tout, tôt ou tard.

mardi 6 octobre 2015

De la mort

6 octobre 2015


Bientôt il sera minuit, un jour que je n'ai presque pas vu se termine, mais je n'ai aucun regret tant je n'apprécie plus les journées parisiennes. Déjà auparavant c'était ainsi, raison pour laquelle j'ai toujours été un noctambule, car il n'est qu'en soirée que le monde se calme un peu, voire s'endort, y compris à Paris.

Aujourd’hui, alors qu'il était convenu avec le professeur de l'hôpital que je recevrai un appel m'informant de mon avenir, rien n'est venu. J'ai donc appelé l'hôpital et me suis entendu dre que c'était normal, qu'entre les dates que le professeur fixait et la réalité, il pouvait s'écouler une semaine, voire deux. Donc demain j'essayerai de joindre sa secrétaire particulière, celle chargée  de nous joindre justement. En fonction, je mettrai en œuvre ou non mon plan pour obtenir un logement social.

Sinon je pense à Cynthia, il n'y pas  une heure qui s'écoule sans que j'y pense, et je regrette de ne pas la voir au moins une heure par jour. Certes, il y a le téléphone, mais ce n'est pas pareil, rien ne remplace la présence bénéfique. J'aimerai qu'elle aille mieux, mais le problème est que je ne sais pas réellement à quel point elle va mal, à quel point c'est tolérable. N'étant pas dans sa tête, moins encore das son cœur, je ne peux que postuler, imaginer, car malgré mon parcours, ma vie bien chargée, je n'ai jamais vécu de situation, d’expérience similaire à ce qu'elle vit depuis deux ans maintenant, comme prisonnière entre un parent et un compagnon mourants, se sentant certainement prise en tenaille entre les deux, et devant désormais prendre complètement en mains sa vie, son destin, oui, tout cela n'est pas une situation simple, même si elle forcément surmontable, il n'y pas d'autre choix dans ce genre de cas, à condition d'accepter que la mort fait partie de la vie au même titre que nous respirons pour vivre. Depuis bien longtemps j'avais la conviction que c'était notre perception de la mort qui faisait notre perception de la vie, non l'inverse, et mon épreuve actuelle ne fait que me renforcer dans mon idée. Même si je ne saurai décrire correctement comment ma perception de la mort, de ma mort et de celles des autres, s'est modifiée, il n'en demeure pas moins clair que j'ai pris la juste mesure à présent de la précarité des choses, à commencer par celle de la vie, que de faire de la métaphysique en long, en large et en travers autour de ce thème ne servait, au final, pas à grand chose.

De l'entourage

6 octobre 2015


Aujourd'hui, suite à une mauvaise nuit, nausée, etc, je n'ai pas arrêté de me réveiller et de me rendormir et ce, jusqu'à 17H30. Une heure après j'étais au café, à moitié dans les nuages, où Tony m'a rejoint. Je ne sais pourquoi, mais il était resté bloqué sur ce que Cynthia avait publié dernièrement sur son blog et se demandait de quoi se plaignait exactement notre entourage, ne se rendant visiblement pas compte qu'ils avaient de la chance de ne pas être en danger de mort, qu'ils devraient justement en profiter, plutôt que de s'apitoyer sur nos sorts. Bref, c'était pour lui une forme de nombrilisme, posant ouvertement la question : pensent-ils notre place plus enviable que la leur ? S'en est ensuivit un débat entre nous où je lui narrait mon point de vue sur la question. Cependant, comme lui, je trouve maintenant stupide que l'autre se ronge le moral et le cœur du fait de notre maladie. Non seulement cela n'aide en rien quiconque, que ce soit de part ou d'autre, mais en plus n'éradiquera rien si cela doit en être ainsi. Aussi, lui disais-je, mon point de vue était qu'il était impossible à une personne n'ayant pas traversé notre expérience de réaliser l'importance de penser à soi, quitte à paraître égoïste au possible, car il n'est qu'alors que nous prenons réellement conscience de ce que signifie la vie, puis vivre, réalisons fondamentalement ce que cela signifie. Comme image, je lui ai donné celle d'une personne qui a toujours été en bonne santé, puis qui tombe un jour malade, une grippe par exemple, cette maladie qui l'handicapera forcément. C'est alors seulement qu'elle comprendra la signification profonde de ce que veut dire « être en bonne santé ». Enfin de compte, auparavant elle était dans l'ignorance, tant de sa condition que de la condition des malades. Certes, intellectuellement, elle pouvait faire la différence entre ces deux états, mais cela ne revient pas à les connaître, ou à se connaître, pour autant. Non, je reste intimement convaincu qu'il y a des expériences qu'il faut avoir vécu pour pouvoir se comprendre et véritablement comprendre l'autre. Si tel n'est pas le cas, surtout face à quelqu'un porteur d'une maladie mortelle, on ne peut qu'être dans le postulat de ce qu'il éprouve, de qu'il ressent, mais quoi qu'il en soit nous sommes à côté de la plaque, inéluctablement. A partir de là, comme on ne peut pas en vouloir à quelqu'un de ne jamais être malade et, donc, d'ignorer ce qu'est la bonne santé et la maladie, je disais à Tony qu'on ne pouvait en vouloir à notre entourage de ne pas comprendre ce que nous attendions d'eux, c'est à dire se prendre en main et continuer à vivre, à construire, seules fleurs, seules pétales, seuls rayons de soleil qu'il peut réellement nous apporter, plutôt que de geindre sur nous ou sur eux-mêmes.

Oui, je pense qu'il y a des expériences impartageables, quelque soit l'empathie que l'on y met. Vous faire voler votre enfant, qu'il soit kidnappé, certes, nous pouvons imaginer la détresse du parent, mais il est clair que nous ne pouvons inventer ce qu'il ressent, que nous sommes là-aussi à mil lieux de ce qu'il vit dans sa chair, dans son cœur et dans sa tête, sauf si on a vécu la même expérience. Donc je n'en veux pas aux gens qui ne me comprennent plus, d'ailleurs je ne l'attend même plus, cela m'indiffère à présent tant je sais que nous sommes dans deux univers mentaux différents, même si cela n'est pas voulu, préméditer ou programmer.

lundi 5 octobre 2015

De la réalité

5 octobre 2015


Cet après-midi je suis dans le quartier Saint-Michel, car vous en douterez j'ai dormi toute la matinée et ne suis réveillé que  depuis deux ou trois heures, le corps bien sûr, mais encore l'esprit. Il est 15H30, il pleut, et je suis attablé dans un bistrot situé pas loin de la fontaine Saint-Michel. Cependant, même si je ne suis inspiré par rien de particulier à part ma maladie, Cynthia, ma fille et le reste de ma famille, je n'ai pas envie de décrire en long, en large et en travers Paris et sa vie. Effectivement, que dire sur Cynthia, ma fille et les autres ?

Cynthia a publié sur son blog hier, cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé, et je trouve que c'est une bonne chose que de sortir de son ventre ce qui nous peine ou nous irrite. Cela permet de mettre les cartes sur la table, de les trier plus simplement, sans les mêler, les brasser constamment, et petit à petit d'avancer, peut-être lentement, mais sûrement, vers des états d'âme plus agréables à éprouver. L’écriture est une forme d'accouchement, je n'en démords pas, toujours. Bien entendu, dans son écrit Cynthia exprimait son insatisfaction de sa condition actuelle et se promettait de tout faire, dans la limite de ce qu'elle peut, pour vivre et non dépérir, ce que je l'encourage à faire de tout cœur, m'oubliant s'il le faut, car j'ai bien compris que nous n'avons qu'une vie, tous, et qu'il ne sert à rien de s'oublier, de se négliger, de se rendre malade pour la vie d'un autre. Le jour où la mort viendra vous cherchez, vous comprendrez que j'ai raison, car rien que vous ne puissiez faire ne peut ôter ce fardeau que nous portons. Au mieux, vous l'allégez par votre présence essentiellement, juste elle, mais ne pouvez guère faire plus.

C'est plus fort que moi, je pense à mon cancer, à  mes tumeurs, celles qui grossissent, les nouvelles qui arriveront inéluctablement, inévitablement, qui me diminueront forcément, un peu plus encore. J’attends également avec une certaine inquiétude l'appel du professeur que j'ai rencontré vendredi dernier. A quelle heure va-t-il appeler ? Quel sera le verdict ? Si radiothérapie il y a encore, quand auront lieu les séances ? Bref, j'ai l'esprit bien encombré par cette histoire, surtout sur l’opportunité d'essayer de m'installer à Paris en conséquence tant, je ne peux qu'en prendre acte, je ne me fais plus à son rythme et à ses nuisances sonores.

Il est à présent 19H00, je suis de retour dans mon quartier, mais dans les coins où je ne connais personne, ne fréquente pas les brasseries, et donc là où je suis sûr d'avoir la paix, de ne pas être dérangé par qui que ce soit. Effectivement, je n'ai envie de rencontrer personne aujourd'hui, exactement comme cela se passe depuis l'année à Rennes et, à présent, à Belfort. J'ai envie d'être incognito, de me rendre invisible, passer inaperçu, bien assis au fond des terrasses de cafés, seul dans mon petit monde mental, monde affectif, monde non réellement partageable avec quiconque dorénavant. Pour autant, le coin n'est pas calme, là-aussi le voitures circulent en nombre et ce n'est que vers 20H30 que cela se calmera, une fois tout le monde rentré du travail. Je ne sais pourquoi, mais j'ai comme envie de pleurer. Est-ce l'effet de l'antidépresseur que je diminue et que j'arrêterai définitivement en fin de semaine ? Est-ce l'effet de me retrouver ici, à Paris, qui plus est dans ce quartier où j'ai vécu pratiquement toute ma vie, ville et quartier qu'il a fallu que je quitte définitivement pour commencer à respirer, à me sentir vivre, quelques soient les divers villes que j'ai habité avec Cynthia ? Car pour moi, même si c'est parce que ma santé, ma vie qui est en jeux, cela raisonne comme un échec. A la limite, plus que de savoir que bientôt je vais mourir, c'est lelieu où cela risque de se dérouler qui me déçoit. Oui, j'aimerai mourir loin de tout ce que j'ai toujours connu, donc loin des métropoles, y compris Lyon qui est pourtant la ville où j'ai recommencé à vivre en rencontrant Cynthia. Enfin, la vie, la mort, je ne sais plus trop quoi en penser, s'il vaut la peine de s'attarder sur ces sujets à présent, car dès que j'y pense, je ne vois que les inepties du monde que nous avons créé, des règles et des valeurs, le plus souvent bidons lorsque l'on se penche sérieusement dessus, qui régissent nos comportements, qui conditionnent comme l'on conditionne les pigeons voyageurs, à coup de récompense ou de punition, nos attitudes, nos formes de pensée, car il est bien évident que rien de tout cela n'est inné chez l'être  humain. Nous naissons le cerveau vide de toute idée, de tout pré-conçus, de toute à-priori, et c'est bien notre environnement qui nous construit, qu'il s'agisse des êtres et de leur idée, convictions, ou des conditions matérielles dans lesquelles nous grandissons. Mais bon, je me répète en étalant ma conception, ma perception de nos sociétés, que ces dernières soient occidentales, orientales, africaines ou asiatiques. Les paradigmes changent d'une civilisation à l'autre, certes, mais tout ce qu'elle propose à leurs bambins, c'est du bourrage de crâne essentiellement et, lorsqu'on a prit l'habitude de penser d'une certaine façon, avec certaines valeurs, que l'on soit plus tard pour ou contre, c'est bien en fonction d'elles que nous réagissons, comme si elles étaient irrémédiablement les tables de la loi, incassables, toujours en arrière-fond, quand bien même nous voudrions les détruire. Ayant été conditionne avec ces tables, à commencer par nos parents puis l'école, les médias, etc, comment s'étonner que nous ne sommes pas capables, du moins jusqu'à un certain âge, de concevoir qu'il existe d'autres tables, pas forcément pires ou meilleures, mais qui peuvent être radicalement différentes, nous démontrant ainsi que la vérité, la réalité, n'est pas forcément là où nous le croyons et que nous devrions faire attention à pas mal de nos convictions. D'ailleurs, toujours dans ma vision des choses, la réalité n'existe pas, du moins la vraie réalité, car si tel était le cas, nous saurions ce qu'est la mort par exemple. Cette méconnaissance n'est pas la moindre, quoi que nous fabulions les uns et les autres, sur la mort du vivant ou sur l'irruption du vivant, irruption qui est également un mystère. Certes, nous pouvons assister en direct à la naissance du vivant, mais nous ne sommes pas pour autant capables d'expliquer le pourquoi de l'émergence d'existences éphémères. Voici ce que nous sommes, tel des papillons, nous sommes des chenilles qui, lorsque nous serons mort, seront aussi différents que la chenille l'est du papillon, c'est plus que clair. Ainsi, du fait de ne pas savoir comment la vie sort du néant pour mieux sembler y retourner par la suite, nous ne pouvons pas savoir pas ce qu'est la réalité, même si à travers le langage il nous semble être d'accord sur certaines choses, certaines définitions, nous donnant l'illusion que nous voyons bien et vivons bien dans le même monde, tout cela n'est que leurre. Pas deux individus ne conçoivent la réalité de la même façon, aussi nombreux soient leurs points de convergences sur l'appréciation de tel ou tel chose. Pourtant, même si cela est mon intime conviction, que tous nous sommes dans l'erreur, que je devrai tout faire pour me déprogrammer, ôter mes convictions et ne me contenter que de croyances, d'hypothèses, rien n'y fait, certaines résistent, elles sont comme les fondations de ce que je suis. Par exemple, parce que j'ai toujours vécu à Paris, le mode de vie de cette ville est ma norme, je m'en rend bien compte, et où que je sois en France ou sur la planète, c'est ma référence et peu importe que j'apprécie ou non cette ville, c'est tout de même par rapport elle que je compare tous les autres lieux, que je les évalue, évaluation totalement arbitraire, mais il m'est impossible de me défaire de ce socle de ma personnalité qui fait que ma perception de la réalité ne peux qu'être différente d'un provincial, voire même tout simplement d'un habitant d'un autre quartier parisien.

samedi 3 octobre 2015

Malade à Paris

3 octobre 2015


Depuis tout à l'heure, depuis hier même, j'essaye de me mettre en condition d’écrire, mais le bruir omniprésent dans mon quartier, voire dans Paris où que j'aille depuis mon arrivée, m'empêche de me concentrer et m'épuise, le mot n'est pas trop fort. A l’infant je viens de faire une crise d'épilepsie  partielle et je me dis que ce n'est pas le simple fait du hasard. Je pensais tout faire pour m'installer à Paris, mais j'avoue que je reviens sur mes positions. Je crois que je n’arriverai à plus à tenir dans une ville comme celle-là, et même durant mes soins, si soins il y a, je le saurai mardi prochain à présent, s'ils durent trop longtemps, le séjour sera difficile.

Donc hier, à l'autre bout de Paris, j'ai été à mon rendez-vous avec le professeur chef de service du service radiothérapie de l'hôpital La Pitié-Salpêtrière. A ma sortie, je n'ai toujours pas compris s'il allait me prendre en charge ou que je sois en France. Il a regardé mes derniers IRM, le Spectro IRM, l'entretien à duré une bonne heure, et selon lui la plus grosse tumeur est toujours une tumeur cancéreuse, qui grossit, et la solution est de l'irradiée à nouveau, à trois reprises. Quoi qu'il en soit, il doit s'entretenir avec ses collègues mardi, et selon qu'ils pensent comme lui, j'aurai ces séances, et si une majorité pense que c'est une radionécrose, alors il faudra que je passe plus souvent des IRM afin d'en surveiller l'évolution. Quand je lui ai dit que s'il m'irradiait à nouveau une tumeur déjà irradié, j'avais toujours entendu dire que cela ne servait à rien, il a éludé la question. Il m'a simplement dit que dans cet hôpital c'est ainsi que cela se passait. Cependant, pas un fois il n'a mis sur la table le choix de la neurochirurgie. Ma mère était présente avec moi à cet entretien et je me suis aperçu lorsque nous avons quitté le professeur qu'elle n'avait rien compris aux alternatives qu'il me proposait. Je lui ai donc réexpliqué, mais a-t-elle bien compris pour autant ? Quoi qu'il en soit, je suis maintenant dans l'attente de mardi, le 6 octobre est imprimé dans ma tête, ils doivent m'appeler, et je me demande à quelle sauce je vais être mangé.

J'ai quitté mon quartier pour me rendre dans l'une des rares rues piétonnes de la capitale, la rue Daguerre, situé dans le quatorzième arrondissement de Paris, près de place Denfert-Rochereau et à deux mètres des catacombes. Donc, certes je n'entends plus les bruits de moteurs, mais la rue est pris d'assaut par les piétons, cette rue commerçante où les brasseries ne manquent pas, et au final ce n'est guère beaucoup mieux pour ma tête. Pensant à ma tête, je pense donc à ma maladie, mais à cause du brouhaha des uns et des autres, des conversations qui s'entrecroisent, je ne peux véritablement me concentrer sur moi-même. Cela me manque, car j'aime régulièrement faire le point sur mon intérieur plutôt que sur les contours de l'extérieur, les décors, des choses  toutes aussi superficielles que ma propre personne si on y pense bien. Oui, j'en ai marre de cette histoire d’éventuelles radionécroses ou de tumeurs cancéreuses qui grossiraient, histoire qui dure depuis plus d'un mois et dont je ne vois pas la fin. Quelle sera l'issue, et la suite ? De nouvelles métastases à venir, quelque soit le sort de celles que j'ai déjà. Comme me l'a dit le professeur, mon cas n'est pas des plus simples. Mais existe-t-il un cancer simple ? Non, je ne le crois pas, mais il y en a qui sont plus handicapant que d'autres, cela est certain.

J'ai quitté très rapidement la rue Daguerre, car à côté de ma table se trouvait un vrai couple de pipelettes, et ça jacassait et çà jacassait, de plus en parlant fort comme si elles voulaient être entendue par la rue entière. Bref, pire que les voitures. Du coup je suis dans un café situé dans une grande artère parisienne, mais du fait de l'heure, il est 20H00, la terrasse est calme et les voitures plus discrètes qu'à mon arrivée dans ce quartier. Après je prendrai un bus qui m'emmènera directement dans mon quartier et, peut-être, prendrais-je un dernier café là-bas, juste avant de rentrer me coucher. Cependant, en regardant les gens passés ou assis à un café, je réalise à quel point Paris est un monde à part, un monde qui n'a rien à voir de ce que je connais de la France. Je pense qu'un parisien ne peut être sage, au sens philosophique du terme, ou en tous cas son immense majorité. Tout est fait dans la précipitation, ou tout au moins le temps est compté, et dans ce vacarme et cette agitation infinie, où voulez-vous avoir le sentiment de vous poser pour faire le point sur quoi que ce soit ? Du coup, j'envisage de m’acheter un baladeur, de rentrer dans mon monde musical afin de faire un vrai break avec le bruit ambiant. Il est vrai que l'on voit rarement sur un visage si une personne est ce que j'appelle réellement malade, mais dans les villes moyennes, à plus forte raison petites, il est des comportements, des attitudes, des essoufflements, qui indiquent cela. Dans ces villes cela se remarque, car les habitants sont dans un rythme que je qualifierai de normal et ils ont le temps de s'attarder malgré eux sur les personnes. A Paris, comme dans toutes les métropoles, tout cela vole en l'air. Là, on se regarde uniquement pour s'éviter, on à guère plus le temps de voir autre chose. Alors je me dis depuis aujourd'hui que je suis un mourant dans tout ce fatras, ce fatras qui n'a que de l'élan à revendre, de l'énergie, des projets, mais certainement pas des personnes à observer, à essayer de comprendre, c'est d'ailleurs pour cette raison que peu se connaissent, que peu se comprennent eux-mêmes et, par là-même, interprètent souvent maladroitement l'autre, confondant tel projet d'un individu avec son tempérament, sa réalité intérieur qu'il méconnaît peut-être lui-même également, il fait l'amalgame entre désir, souhait, envie, et personnalité. Cette erreur d'appréciation, je l'ai évidement faite toute ma jeunesse et même après, et à Paris, c'est monnaie-courante. Bref, depuis que je suis ici, tellement c'est un autre monde que j'avais oublié, j'en suis à me demandé si j'ai bien le cancer, si c'est une maladie si grave, car dans son émulation tout semble éphémère à Paris, voué à disparaître rapidement, nous y compris, il n'y aurait rien de surprenant ni de tragique. Quelque part, cette situation me fait relativiser ma précarité, non l'oublier, cela je n'y arrive plus, mais la relativiser. Contrairement aux endroits où j'ai vécu depuis novembre 2013, découverte de mon cancer, ici, la vie ne me semble plus aussi importante. Pour un peu, je serai prêt à retourner à Belfort, ne plus me faire soigner, et partir de ma mort naturelle tellement je n'ai pas confiance dans l’efficacité des médecins delà-bas, et ainsi, plus tôt se sera fini, plutôt ce sera la paix définitive, tôt ou tard, pour tous mes proches et moi-même. Comme quoi, selon l’environnement et le comportement de ceux qui nous entourent, il y a manière et manière de vivre sa maladie. Je ne sais ce qui est le pire ou le mieux, se sentir ou s'éprouver périr, ou ne pas pouvoir le faire, en avoir conscience, parce que l'environnement nous bouffe toute  notre attention, notre concentration, et le peu d'énergie que nous avons. Oui, je ne sais quel est le meilleur choix, mais encore faut-il avoir le choix, ce qui est loin d'être le cas de la majorité. Le mien, vous l'aurez certainement compris, serait celui du silence propice à une certaine forme de méditation, à celui des réflexions philosophiques, donc loin des grandes villes. Oui, je veux assister en spectateur les yeux ouverts le plus longtemps possible à mes derniers mois ou dernières années, éprouver et avoir conscience de la manière dont je me vivrai, de la manière dont je percevrai la vie et l'existence, car je sais qu'inéluctablement j'ouvrirai encore les yeux sur des choses que je n'ai pas encore vu. Ces choses, seront-elles apaisantes ? M'aideront-elles à mieux aborder ma fin, à moins l'appréhender ? Quoi qu'il en soit, si le programme de ma mort se déroule selon le plan des médecins, perdant conscience petit à petit, je ne pourrai rien appréhender, je n'en aurait plus les capacités. Cependant, même si quitter ce monde ne me dérange pas plus que ça dans l'idée, c'est la peur que j'ai d'avoir peur d'ici-là, peur dans le sens de panique, peur de sentir la mort m'envahir. Pourtant, et ma raison me le rappelle régulièrement, depuis deux ans je me sens périr, lentement mais sûrement, les symptômes physiques et psychiques sont bel et bien là, magistralement, et pourtant nulle apocalypse inattendue ne s'est présentée sur mon chemin, hormis le déroulement, l'évolution classique de ce qui se passe dans mon cerveau, l'apparition régulière de métastases et leurs conséquences. Aussi, je me demande ce que je peux appréhender à ce point, à part la peur de l'inconnu, les derniers moments, instants, voire minute, tant que ma conscience sera là pour le vivre.

dimanche 27 septembre 2015

Pensées

27 septembre 2015


Donc, depuis deux trois jours j'arrête mon antidépresseur. Je ne sais si de ce fait, déjà, cela agit, mais je ne me réveille plus aussi guilleret, c'est certain. Non, de suite j'ai en tête des pensées qui me rendent plus ou moins moroses, même si ce sont les mêmes que d'habitude, à savoir ma maladie et son avenir, des interrogations sur mon séjour à Paris, si je trouverai vite un logement, même si c'est à l'hôtel, car il y a des hôtels au mois pris en charge, ou en partie, par les services sociaux. Leurs chambres sont souvent réservée aux femmes avec bébé ou enfant sans domicile fixe. Mais je me fou d'être un peu morose, je ne suis pas sombre, noir, pour autant, et, franchement, je préfère que rien ne joue sur mon humeur. Sur l'anxiété, oui, sur l'humeur,ce qui est mon véritable souffle, non, et tant pis si je dois en pâtir parfois. Comme je serai sans Cynthia, dans ce domaine, je n'aurai strictement aucun effort envers personne à effectuer. De toute façon je serai le plus souvent seul et qu'est-ce qu'en ont à faire les gens, surtout à Paris, de ma condition et de mes humeurs. Que je rie ou je pleure, personne ne s'arrêtera, c'est presque certain, et quiconque stopperai sa marche pour venir à moi, que pourrait-il faire ? Enrayer ma maladie ?

Je viens d'avoir Cynthia au téléphone. Elle venait d'avoir sa mère au téléphone, sa mère allongée dans son lit d'hôpital ne cessant de se plaindre de ses douleurs, malgré la morphine et tous les antalgiques qu'elle prend, sa mère qu'elle avait du mal à comprendre car, du fait de sa fatigue, de son épuisement, elle avait du mal à parler, articulant très mal, ayant du mal à bouger les lèvres, sa mère qui réclamait ses petits-enfants, les voir encore et encore, au maximum, car elle se sentait mourir, partir, et lorsqu'elle raccrocha avec Cynthia, c'était en pleurant. Après que l'on vienne me dire que la vie est un miracle, forcément un bienfait, tout cela n'est que foutaise et, une fois de plus, je me range du côté d'Emil Cioran et non du côté des religions ou tout autre forme de spiritualité. La vie est faite pour nous achever, peu importe de quelle manière, esquintant ainsi ceux et celles qui restent autour de leur défunt. Je pense donc à Cynthia, qui vit ce drame à distance, et me demande ce qu'elle préférerait. Être près de sa mère ou non, sachant qu'elle ne pourrait pas faire grand chose pour changer la donne, tout comme son père ne peut pas le faire. Reste la présence, mais dans l'état de sa mère, elle qui a mal tout le tout, que les médicaments assomment au point de dormir presque toute la journée, sent-elle au moins cette présence, peut-elle véritablement se concentrer sur cette dernière, en prendre acte, en tirer un plaisir quelconque. Oui, malgré la souffrance, je pense que la présence, même par téléphone, est un réconfort, mais dans quelle mesure selon l'état de chacun ?

Écrire épuise, ou tout au moins fatigue mon intention, mais cela fait du bien, même si je le fais en plusieurs étapes. Oui, j'ai tout l'impression de jeter dans une grande poubelle, une poubelle sans fond, impossible à remplir, sans plus rien à cacher de ce que je pense, de ce que je ressens, sans plus aucune pudeur tellement elles sont comme des menottes à mes yeux maintenant. Oui, la pudeur, même si cela ne signifie pas qu'elle ne sert à rien dans mon esprit, car elle sert pour une cohérence sociale où nous ne cessons de nous côtoyer, il faut donc des règles communes et la pudeur fait bien souvent partie de ces dernières, mais moi, moi qui sait que je vis mes derniers mois, peut-être mes dernières années avec un peu de chance, qu'en ais-je à faire de ma cohérence avec des gens qui appliquent des règles pour vivre, non pour mourir ? Je n'ai strictement plus rien à faire de ce monde qui ne pense qu'avenir et avenir, sans cesse, d'où leur déprime ou leur joie, ne pensant qu'exceptionnellement que leur avenir aura une fin. Un jour, s'il fait trop chaud, peut-être me mettrai-je nu en plein centre ville, pourquoi à Paris. Bien sûr la police viendra m'arrêter pour outrage à la pudeur, peut-être même serai-je condamné, mais qu'en ais-je à faire franchement, car qu'est que le jugement, quelle valeur à cette sanction comparée à celle que m'inflige mon propre corps ? Tout cela, tout notre système en devient risible. Oui, il n'est pas du tout identique d’envisager demain comme la vie éternelle ou presque ou demain comme sa mort potentielle et ce, chaque jour. Je ne sais quelle est la meilleure de voir les choses, mais je suis certain d'une chose, c'est bel et bien la première façon de voir qui a conduit notre monde, nos diverses sociétés, à êtres ce qu'elles sont, avec leurs inégalités et toutes les injustices qu'elles génèrent. Je me demande donc ce que serait un monde construit avec le second regard, car il est clair que ses valeurs seraient fortes différentes.

Toujours tourné sur mon nombril, je me demande à quelle sauce me manger. Je ne sais plus dire pour ansi dire quoi penser de moi, tellement il me semble me méconnaître. Parfois j'ai l'impression que je veux être un ermitte, ce qui n'est pas vraiment faux dans les faits, mais je sens que parfois j'éprouve également en contact avec l'autre, même si je ne parle pas, ne serait-ce qu'à l'écouter ou être en présence. Je parle, communique, à travers mon clavier, c'est beucoup moins fatiguant pour moi, moi lassant. Là, je pense à Leila qui m'a écrit par mail, s'ouvrant ainsi peu plus de cette manière, et sa vie m'intéresse, de A à Z, de son Algérie natale à sa venue en France, de sa bonne santé à son cancer primaire du cerveau. Encore une fois je suis triste, ne me donne vraiment pas envie d'aimer la vie, lorsque je constate son bas-âge et cette maladie qui la ronge avant même qu'elle est découvert bien des choses, bien des aspects positifs, légers, de la vie. Comme pour Cynthia, comme pour vous touts, je vous souhaite de durer le plus longtemps et, puisque nous sommes là indépendamment de notre sort personnel, de vous épanouir au maximum, de trouver ou de construire ceci pour cela, quitte à vous croire égoïste dans le mauvais sens du terme, car qui pourra répondre à vos besoins mieux que vous-même ? Cela n'implique de marcher sur l'autre ou de le nier, mais comme à table il faut qu'il y ait à mangé pour tout le monde, il ne faut pas hésiter à réclamer son dû, cela n'empêchera pas les autres de manger à leur faim, même s'ils doivent changer quelques habitudes, comme cesser de mettre la télé lorsqu'on est à table, cela ne les privera pas de la regarder en dehors de ces créneaux horaires. Donc, à part que je veux être tranquille, que le meilleur moyen pour y parvenir est de fréquenter le moins de monde possible, voire presque plus ou plus personne, je ne sais pas pour autant qu'elles sont devenues mes nouvelles valeurs, je n'arrive pas bien à les définir. A part la santé dont j'ai bien compris la valeur de l'importance, hormis ce qui concerne directement mon cancer, le reste de mon corps je m'en fou. Ceci est une ineptie, car tout le corps est lié, en communion plus ou moins totale, et ne focaliser que sur une partie et délaisser tout le reste est, à mon sens, un bêtise. Pourtant c'est que je fais, sans état d'âme, car je pense que quelle que soit la partie de mon corps que j'entretiens, le cancer en aura raison et, comme je ne cherche vraiment pas à vivre longtemps, même si depuis deux ans c'est à peu près agréable, malgré quelques coups d'adrénaline, de panique, car je peux faire ce que je veux ou non, dans la limite de ce que je peux faire évidement, le tout dans mon rythme parce qu'il n'y a pas d'autre choix, courir, me presser, me précipiter étant dans un autre temps, révolu, condamner à jamais, ayant déjà un rythme et la force musculaire d'un vieux de plus de 80 ans. Heureusement que les valises à roulettes existent désormais, car sinon je me demande comment je ferai pour effectuer des voyages.

Alors, mes valeurs, que sont-elles devenues depuis deux ans ? Je sais que celles antérieures se sont effondrées, effritées. Pour autant je ne sais toujours pas par lesquelles elles ont été remplacées. Pour vous dire la vérité, je crois que je n'en ai plus vraiment, même pas à inculquer à ma fille. C'est plutôt une manière de vivre, une façon d’appréhender les choses, qui se dessine dans mon esprit et dans mes actes en conséquence. Éviter systématiquement les gens qui m'ennui ou me dérange, éviter ceux que je ne sens pas, peut-être à juste tort, éviter de faire de nouvelle rencontre à priopri, non pas pour les personnes elle-mêmes, mais simplement parce que je n'ai envie de parler, cela me fatigue vite trop vite, être le plus souvent seul en conséquence, en silence radio s'il le faut, quitte à inquiéter certaines personnes, à commencer par ma mère. Oui, la seule personne que j’appellerai tous les jours lorsque je serai à Paris, et peu importe le temps que cela durera, sera Cynthia, bien avant ma fille, même si elle qui me préoccupe le plus, son entrée dans l'adolescence et son aversion qu'elle a de plus en plus envers sa mère et le compagnon de cette dernière. Il y a encore trois ans je me serai satisfait de cette situation, j'aurai estimé que c'était un juste retour des choses, que ma fille commençait à rendre coup pour coup tous les coups que sa mère nous avait porté, même si à l'époque Jade n'en avait nullement conscience et ne voulait pas en entendre parler. Mais aujourd'hui, ce n'est vraiment plus dans ce registre que je pense et, tant que faire se peut, j'ai ranger au placard la vengeance, même s'il reste toujours une pointe d'amertume, surtout celle de ne pas pouvoir participer à élever ma fille, à l'éduquer, simplement parce que le désir de sa mère était ainsi et qu'elle a tout mis en œuvre pour qu'il se réalise. A ma modeste mesure j'ai tout fait pour l'en empêcher, que ce soit devant la justice ou les kilomètres. De même, je le sais, je n'ai pas fait tout ce qui était en mon pouvoir pour me rapprocher de ma fille, empêcher sa mère devant la justice de déménager sans m'en avertir, en conséquence j'aurai peut-être eu une chance de la récupérer si sa mère avait persisté dans sa démarche. Mais rien, je n'ai rien fait de tout cela, et sitôt après le verdict du juge, pourtant très clément en ma faveur, j'ai laissé tombé les bras. C'est à cette époque que j'ai connu tenu, ma fille avait trois ou quatre ans, c'est à cette époque que ma famille, excepté mon frère une ou deux fois, ne m'a aidé concrètement pour que sois sous un même toit que me fille, pouvant l'héberger les week-end et la grande majorité des vacances, car j'étais constamment sous le biais du chantage de ma mère pour se faire ou non, quant à ma sœur, il y avait toujours un problème. Ce sont souvent des amis qui me récupéraient chez eux lorsque ma mère faisait défection parce qu’elle était mécontente de moi, parce que je voulais pas éduquer ma fille comme elle l'entendait, estimant qu'étant un homme, comme ma sœur d'ailleurs, elles estimaient que la mère ou n'importe quelle femme était mieux qualifiée qu'un homme pour élever un enfant. A quel point ne faut-il pas sacrément être une grosse conne ou un gros cons, car là aussi ils sont nombreux, pour avoir une vue de l'esprit aussi coincée, aussi étriquée ? Mais pour en revenir à ma fille et sa situation actuellement, je ne vois plus sa mère là-dedans car elle, je le sais est conne, c'est sa nature, et ne cherche pas à ce que notre fille vive dans le monde d'aujourd'hui, même s'il y a bien des choses à dire sur lui, non, elle cherche et l'a fait vivre déconnecté du monde, sans télé, sans ordinateur, et si je n'avais pas pris un téléphone portable à ma fille pour que nous puissions nous joindre quand bon nous semble, je suis presque certain qu'elle n'en aurait toujours pas aujourd'hui. Non, dans cette histoire de rébellion, c'est à ma fille que je pense, car j'aimerai qu'elle vive dans la sérénité, que ce ne soit pas dans la rancœur qu'elle évolue, cela n'aura rien de très bon sur son présent.

mardi 22 septembre 2015

De la mémoire

22 septembre 2015


Me laisser aller, dans la nonchalance, l'indifférence, à l'image de ce temps maussade et pluvieux, là où les anges n'existent pas, pas plus que les petits diablotins. Folle est notre imagination. Nous avons crée, grâce à notre faculté de parler, d'inventer des mots, de créer de toutes pièces des langues, des langages, d'inventer un sens à tous ces mots employés, oui, notre imagination ainsi épaulé par le langage a créée des dieux, des vierges, à imaginer des saints, des saintes, des messies et des prophètes, le bien et le mal, le destin et le hasard, des valeurs, à définir ce qu'est l'amour de ce qui n'en ait pas,etc. Oui, notre race, notre espèce est faite pour cogiter. Ne me demandez pas pourquoi, mais l'évidence s'impose ainsi. Même composer un morceau de musique, pour le musicien en tout cas, c'est une manière de s'interroger ou de mettre une réponse à une réflexion interne qu'il ne peut, le plus souvent, verbaliser.

Oui, drôle d'espèce nous sommes, même si le plus souvent nous ne sommes guère amusant. Plus je meurt, plus j'en ai conscience, vivant la mort et la vie simultanément, car l'une est irrémédiablement liée à l'autre, elles se succèdent sans relâchement, sans temps de répits, sans pause, se confondant l'une l'autre, indissociables, inséparables, et lorsque je vois l'une, c'est immédiatement l'autre que je vois également, en même temps. Oui, fini le temps où des pans de passé semblaient encore présent, comme s'ils n'étaient pas complètement mort, comme s'ils étaient encore là, présents, existant et vivant encore quelque part, indépendamment du lieux qu'est notre mémoire. Je réalise bien que chaque moment qui passe, que chaque instant que je vis, est immédiatement déjà mort, avant même que je n'ai eu le temps d'en prendre conscience. Alors où s'arrêter, sur quoi s'arrêter ? Enfin de compte nous pensons voir la vie, voire la contempler, mais au final nous ne voyons que sa mort, d'instant en instant, dérouler sous nos yeux. Certes nous découvrons une chose, un être, un son, à un moment donné et, prêtant notre attention à ces derniers, nous pensons nous concentrer sur du vivant, d'être dans l'instant présent. Oui nous sommes peut-être dans l'instant présent,mais ce présent qu'il nous semble vivre, qu'est-il, sinon une succession de temps mort, passés, enfuis, à jamais révolus. Seule notre mémoire rend nos découvertes encore vivantes, existantes. C'est pourtant sur des choses mortes, à partir de choses mortes, que nous bâtissons, construisons, tant soi-même que notre environnement. Rappelez-vous lorsque vous avez appris à compter ou à lire. Tous ces moment d’assiduité sont bel et bien mort et, ce, depuis des lustres. Mais c'est là qu'intervient la magie de la mémoire, car même si le contexte à définitivement disparu, nous avons gardé en nous présent son contenu, faisant de ce contenu quelque chose qui serait comme immortel. Aussi, lorsque pour une raison ou une autre, notre mémoire commence à faillir, c'est la mort définitive, à son tour, du contenu qui semblait immortelle.

Oui, la mémoire n'est la moindre des capacités de notre corps, et parce qu'elle est située dans notre cerveau, lui aussi n'est pas le moindre de nos organes essentiels. Aussi, quand celui-ci commence à  se détraquer, c'est, de mon point de vue, très mauvais signe, révélation de complications inévitables, tôt ou tard. Bien avant que je n'ai des tumeurs au cerveau, j'avais déjà des pertes de mémoire. Cela était dû à tous les psychotropes que j'ai pris durant plus d'une décennie, Xanax en tête, qui agit de manière radicale sur la mémoire. Aussi, même si j'en prend, s'il est bien un médicament à éviter, c'est bien celui-là. Comme me l'a dit mon psychiatre et comme je le savais, il existe plusieurs   famille de calmant, faites avec des molécules différentes, et le Xanax est fait à partir de benzodiazépine. Comme me l'a clairement fait comprendre mon psy, une fois que l'on a touché à un calmant fait à partir de benzodiazépine, les autres calmants fait à partir d'autres molécule ne nous font plus aucun effet. Je précise que ces autres familles sont moins nocives pour la santé et le cerveau. Dans la famille des benzodiazépines, le Xanax est l'un des plus puissants, voire le plus puissant, et sa nocivité est reconnue par tous les psychiatres. Cependant, son effet sur les crises d'angoisses ou d'anxiétés est tel, qu'il encore prescrit grâce à son effet quasi-immédiat. Effectivement, vous en prenez un et, une demi-heure plus tard, vous en ressentez déjà l'effet. Il vous apaise, certes, mais vous endort en parallèle, plus ou moins selon les personnes, vous déconnecte de la réalité en ce sens où il agit en faisant en sorte que vous n'ayez pas bien conscience du moment présent, agissant ainsi sur la mémoire puisque vous vous souviendrez de moins de chose que si vous étiez dans votre état normal, et, vous endormant plus ou moins, réduit votre faculté de concentration, de réflexion et de raisonnement, permettant ainsi d'éloigner de votre esprit l’inquiétude, l'angoisse ou le stress qui vous habite. Cependant son effet à une durée limitée, comme tout médicament, et son effet sitôt disparu, ce sont vos angoisses qui vous reviennent en pleine gueule. Du coup on en reprend un autre et, à force, comme la cigarette qui réclame sa dose de nicotine, notre cerveau s'y accoutume, réclame sa dose de benzodiazépine, puis, à force d'en prendre, ses effets se font moindre, il nous faut augmenter les doses, cela jouant donc plus encore sur nos facultés intellectuelles et détraquant un peu plus encore notre mémoire.

Tout ceci pour dire que sans mémoire, l'être humain n'est plus rien, ne peut plus faire grand chose, ne peut plus bâtir, construire, créer, et qu'il est donc important de prendre soin d'elle, de la ménager et de l'entretenir, dans la mesure du possible, en évitant de prendre des psychotropes qui, insidieusement, lentement mais sûrement, foutent vos cerveau en l'air. Aller voir un psychiatre ou une psychologue pour une thérapeutique verbale et non chimique, relève à mon avis d'un meilleurs usage. Pour ma part, si j'ai faix le choix de ne pas le faire, c'est parce que je ne vois plus l'intérêt de le faire, de faire cet effort, car c'est un réel effort lorsque l'on est pas bien moralement d'attendre que le dialogue commence à produire ses premiers effets positifs, cela peut prendre un mois comme une année, voire plus, donc j'ai fait le choix de la facilité car j'envisage ma mort dans un délai relativement court.

Donc ma mémoire est de moins en moins performante, mais cela ne me dérange plus du tout, car je n'ai plus rien à bâtir, à construire, je vis au jour le jour, au gré de mes humeurs, sans emmerder personne pour autant, mais n'acceptant pas d'être agressé ou trop déçu par les personnes, famille ou non, ne m’embarrassant plus d'écarter de ma route qui me pose problème, car ce que je veux c'est la paix, mais une paix royale avec moi-même qu'il est hors de question que quiconque vienne bousculer ou remettre en cause. De toute façon j'ai bien compris que les gens  en bonne santé, dont la vie n'est pas clairement et limpidement en da, nger, que leur mort n'est pas imminente, ne peuvent comprendre ce qui me fait du bien, y compris dormir à la rue s'il le faut, dès lors que j trouve cela plus salutaire pour moi, bien égoïstement, que d'autres solutions où je serai obligé d'être dans le compromis, voire l'acceptation, la soumission à des choses ou des êtres qui n'en méritent pas la peine. La diminution de ma mémoire m'aide dans tout cela, elle me permet de faire des deuils très rapidement, d'oublier également rapidement ce qui a pu me contrarier, m'énerver, permettant ainsi que ma mauvaise humeur du moment disparaisse également à son tour, laissant éventuellement d'autres portes s'ouvrir, y compris certaines que j'avais fermé auparavant.

samedi 19 septembre 2015

Réflexions

19 septembre 2015


Plus ça va, plus je pense à mon cancer, omniprésent dans mon esprit, tel quelqu'un qui penserait, visualiserait sans cesse la campagne, les champs, les bosquets, une contemplation sereine, oui, plus ça va et plus je me sens comme un nomade de l'existence, existence qui permet les étoiles, les cieux, l'atome, exilé pour un temps dans le monde du vivant, des cellules, des molécules, avec pour tout support mon ADN, mes informations génétiques, celles qui permettent au corps qui m'enveloppe de se détraquer ou non. Quoi qu'il en soit, je me considère comme son passager, destiné à descendre de ce wagon de l'existence tôt ou tard. Oui, je n'ai aucune raison d'avoir peur de la mort, ne sachant strictement pas ce qu'elle est. Face à elle, ce que j'oppose, ce qui s'exprime est la peur de l'inconnu, uniquement cela, une peur non raisonnée, non raisonnable, infondée en l'état. La mort me fait aussi peur, car elle signifie séparation, séparation avec mes proches, avec ce monde, seul monde que je connaisse, et l'angoisse d'emporter dans ma tombe le souvenir de tout ceci. Oui, je m’efforce à croire que la mort est bien la fin de tout, de la conscience, de la pensée, des sentiments, une mort définitive de tout ce qui constitue mon identité humaine, mon identité d'être vivant. Pourtant, en arrière-fond dans ma pensée, je ne peux m'empêcher d'envisager que j'emporterai avec moi, dans ma tombe, je ne sais quel témoignage de mon existence humaine. Cependant je ne peux me résoudre à croire que ces souvenirs soient d'ordre intellectuel. Non, je pense qu'ils seront une forme chimique qui entrera en interaction avec d'autres formes chimiques, entraînant, générant un autre corps adapté à la Terre, que ce corps pourrait être vivant comme uniquement de la matière inanimée, mais qu'Hicham n'existerait plus quoi qu'il en soit. Cette pensée, idée, de faire partie d'un processus sans fin est un point de vue qui m'apaise, car elle signifie que même si l'humain que je suis aura un terme, pour autant mon existence ne cessera pas, elle continuera sous une autre aspect, dans un autre espace-temps, c'est tout.

En ce moment je prépare donc mon séjour à Paris. J'y monte à la fin du mois et j'ai demandé à ma nièce de m'assister dans mes déplacements, en venant me chercher à la gare de Lyon pour commencer, afin de m'aider à transporter ma valise et tout mon dossier médical, puis pour m'accompagner à mon rendez-vous avec le professeur en radiothérapie, car mon dossier médical étant conséquent et trop lourd pour moi, c'est elle qui le portera. De même, si c'est possible, je ferai en sorte qu'elle assiste à mon entrevue avec le professeur. Je me dis que cela lui fera une expérience et que plus tard, cela pourra peut-être lui servir. De même, elle sera ainsi parfaitement au courant de ma situation, une manière comme une autre de la préparer à ma disparition prochaine et, avec ses mots à elles, de préparer également ma fille, sa seule cousine, à cela. Cependant je ne lui demanderai pas de le faire. Si le sujet tombe sur la table entre elles, alors cela se fera. Oui, je veux impliquer ma nièce dans ma maladie maintenant qu'elle devient plus raisonnable, espérant ainsi qu'elle réalisera la fragilité de la vie, qu'elle se doit de tout mettre en œuvre pour en construire une qui lui plaira, qu'à tout moment l'un de ses proches pourrait à son tour disparaître et, qu'à ce titre, mieux vaut entretenir de bons rapports avec les gens, famille ou autres, et passer de bons moments ensemble.

Je me découvre vouloir délivrer des messages de paix, faire prendre conscience aux gens que la paix, y compris via les compromis, vaut mieux que n'importe quel conflit. Et dire qu'hier c'était tout l'inverse. J'étais pour le combat, l'attaque, tant pour me défendre physiquement que pour défendre  mes idées, n'hésitant pas une seconde à marcher sur l'autre, à cracher sur lui s'il le fallait. Toute ma vie ou presque j'ai été à côté de la plaque, parce que je me voyais immortel, donc comme obligé d'asseoir ma place dans ce monde et de tout faire pour la conserver. Mais j'ai fais le choix de défendre et d'affirmer une mauvaise place, celle de celui qui fait peur, que l'on craint, que l'on ne désire pas provoquer. A présent, et cela a commencé quand j'ai rencontré Cynthia, j'ai constaté au fur et à mesure des années qu'il n'était nul besoin d'essayer d’impressionner les gens pour qu'ils vous respectent, vous laissent tranquille et, le cas échéant, vous aident. Pourtant, moi qui sait pousser un raisonnement jusqu'à son extrême, comment ais-je pu être aussi sot à mon égard, envers moi-même ? J'ai ainsi pourri ma vie et celles de bien des gens qui ne méritaient pas ça, à commencer par celle de ma mère avec qui, même si j'étais en désaccord total sur presque tout, j'aurai pu ignorer, fermer les oreilles quand elle racontait des inepties, lorsqu'elle tenait des propos anti-sémites, etc. Oui, j'aurai pu me taire, ne pas répondre, ne pas la provoquer en l'amenant sur des sujets sensibles pour elle, sujets où je me faisais fort de la casser, de la briser dans se idées, de la ridiculiser le cas échéant. De même, j'ai été très brutal, voire souvent insolent dans mon ton lorsque j'avais quelque chose à lui dire. Aujourd'hui, je lui répète toujours ces mêmes choses, mais sur un ton calme, non sujet au conflit et, du coup, nous nous quittons maintenant en bon terme, même si de part et d'autre l'ego en prend parfois un coup, même si de part et d'autres nous faisons à présent l'effort de prendre sur nous pour que rien ne dégénère. Oui, même avec des gens que je côtoie encore et qui m'ont fait des coups tordues dans le passé, je ne cherche plus à régler mes comptes. J'ai mis un trait sur tout cela, non pas comme si cela n'avait jamais existé, mais tout simplement parce que j'estime que ce n'est plus d'actualité, que ce serait épuiser le stock du peu d'énergie que je conserve encore. Ce stock d'énergie, cette petite réserve, je la veux pour vivre au mieux ma maladie, physiquement et psychologiquement, et pour protéger mes proches, dans la limite de ce que je peux porter, garder en silence, afin de ne pas leur donner plus d'inquiétude qu'ils n'en ont déjà.

Ce matin j'ai rencontré un monsieur, Fred de son prénom, un parfait inconnu qui m'aborda en me disant qu'il m'avait vu à la gare de Belfort je ne sais quand, m'entretenant au téléphone avec quelqu'un au sujet de ma maladie. Constatant qu'il désirait dialoguer, entamer une conversation avec moi, je l'invitais à prendre un café. Cependant, il ne fût pas une seule fois sujet de ma maladie. Il me racontait sa vie, de motos, de ses enfants, de ses amis. J'appris ainsi qu'il avait grandi à Paris et qu'à l'âge de 33ans il partit s'installer en Bretagne, à Rennes comme par hasard, et que cela faisait une vingtaine d'année qu'il habitait Belfort. Il n'arrêtait pas de parler, c'était une vraie locomotive, et il me rappelait certains patients que j'avais croisé lors de mes séjours en hôpital psychiatrique. Comme eux, il ne se souciait guère de savoir si ce qu'il me racontait m'intéressait ou non, il ne cherchait pas plus à savoir si je portais attention à ses propos, il n'attendait également aucune question, son seul but était de parler, de s'exprimer, et de constater qu'une oreille l'écoutait, qu'un individu s'intéressait à lui. Oui, il était dans un monologue, il aurait pu se parler à lui-même face à une miroir, et n'attendait aucune réaction particulière de ma part, hormis que je reste en sa présence. J'ai tenu une bonne demi-heure à l'écouter distraitement tant je ne me sentais pas concerné par les sujets qu'il abordait, puis l'ai quitté. Je ne sais pourquoi, mais tout au long de ma vie j'ai attiré ce type de personnage, homme ou femme, des êtres un peu perdus, voire complètement à côté de la plaque, mais pas agressifs pour un rond.

Je m'interroge sur ce que signifie parler de son cancer, ou du cancer d'une manière générale. On peut en parler de façon purement médicale, expliquant par A+B comment il se crée, comment on le détecte, quelles thérapeutiques sont à dispositions, quelles statistiques sont à dispositions, comment il est possible de l'éradiquer ou non selon le stade auquel il est avancé, selon l'endroit où il est localisé, mais qu'est-ce que tout cela nous dit sur la personne qui le vit ? Absolument rien. Oui, une maladie, même non mortelle, modifie une personne tant que la maladie est toujours là, non éradiquée. Même un simple rhume trop envahissant dérange, handicape un individu. Du coup, il n'est plus tout à fait le même parce qu'il est mal dans sa peau, ne se sent plus à l'aise dans son corps. Oui, être en bonne santé c'est se sentir bien dans son corps. Ainsi, la psychologie est aussi importante que la mécanique du corps. Si pour une raison ou une autre nous ne sommes pas bien psychologiquement, là-aussi nous ne pouvons nous sentir à l'aise dans notre corps. Ainsi, il n'est pas simple ni évident d'être en bonne santé, de se sentir en totale harmonie avec soi-même tant la vie n'est pas une porte grande ouverte sur la facilité et le plaisir, surtout la vie que nous menons dans des sociétés que nous avons construit de toutes pièces.

jeudi 17 septembre 2015

Retour sur le passé

17 septembre 2015


Qu'est-ce que profiter du moment présent lorsque votre esprit est partout, en tout instant, sauf à maintenant ? D'ailleurs, même en me concentrant sur maintenant, de quoi pourrais-je bien profiter qui me fasse chaud au cœur ? Ici, à la terrasse de café où je me trouve, sous un ciel morose même s'il ne pleut plus en ce début d'après-midi, il n'y a guère de monde. Dans la même veine, il n'y a guère de passants aux alentours, personne à contempler pour occuper mon esprit, et les rares qui se manifestent ont triste mine, ne rayonne vraiment pas. Tous et toutes marchent tête baissée, comme si je ne sais quel problème accaparait leur esprit, leur donnant cette mine grave, soucieuse, comme si plus rien n'était possible. Non, pour profiter pleinement du moment présent, il faudrait déjà que j'arrête d'être à Paris bien avant l'heure, que ne focalise que sur Cynthia et moi, sur notre état psychologique, état général qui va nettement mieux que la semaine dernière.

Il m'est curieux d'avoir conscience que je pense à ma mort, que je la visualise pour dans deux ans à peu près, et, parallèlement, de ne pas sentir le temps se finir tel que c'était le cas auparavant. Je le sais, c'est l'effet de l'antidépresseur qui modifie ma perception émotive de bien des choses en profondeur. Je n'aime pas du tout cette modification de ma personne. Elle m'éloigne de la réalité, la vraie, sans mensonge ou faux-semblant. L'antidépresseur met un voile sur la manière dont j'éprouve les choses et les êtres, il m'amène à des leurres qui, même s'ils ne sont pas de fausses interprétation au sens premier du terme, me refusent d'accéder pleinement au réel. Il n'est pas normal, du moins de mon point de vue, de se dire, de savoir que ses jours sont comptés et de faire comme si de rien n'était, que ce n'est pas un véritable sujet. Oui, l'effet pernicieux de cette drogue qui nous amène à penser sincèrement que ce n'est pas si grave, ne donne pas l'envie, ne me stimule pas plus que ça à prendre soin de moi, à m'intéresser à ma maladie, à tout mettre en œuvre pour durer le plus longtemps possible. Oui, cela me rend d'une nonchalance désolante. La semaine prochaine je dois revoir mon psychiatre et je mettrai le sujet sur la table, autrement dit la question de l'arrêt de mon antidépresseur.

Souvent je me demande ce que je dois penser de ma vie, de mes premiers souvenirs à aujourd'hui, du bilan que je devrai en tirer, des conclusions à faire ou non. Déjà, je le sais, je n'aurai pas de regrets, bien que j'ai fait ou vécu des choses regrettables. Vivre, malade, aux côtés de Cynthia, est une chose regrettable dont je me serai bien passé. Pour autant je ne le regrette pas, pas plus que de partir de ce monde avant elle, car même non-malade, du fait de notre différence d'âge, il était écrit qu'en toute logique je mourrai bien avant elle. Je ne veux pas qu'elle me voit souffrir, c'est tout, car là j'éprouverai un véritable regret de lui infliger cela, et peu importe que ce soit malgré moi. Non, je la quitterai avant, c'est certain, par mes propres moyens, sauf si je meurt lentement mais sûrement de l'endormissement progressif de mon cerveau, dormant ainsi de plus en plus jusqu'à ce que j'atteigne le coma cérébral. Là, elle ne me verra pas souffrir et, de toutes les façons, à ce stade je serai évidement hospitalisé, finissant mes jours entre quatre murs blancs, dans une chambre aseptisée.

Toujours dans l'optique d'un bilan de ma vie, malgré les diverses épreuves que j'ai traversé, le fainéant que je suis ne s'en est pas si mal sorti. Certes, dans ma tête, cela a toujours été plus ou moins le yo-yo et les seuls efforts constants que j'ai fait consistaient à trouver des réponses à mes questions, peu importe par quel biais, l'expérimentation, la lecture, l'écriture, la psychiatrie ou la discussion, le débat contradictoire ou via mes relations amicales. Oui, le plus dur de ma vie me semble d'un autre temps, j'avais alors entre 20 et 35 ans, là fut mon apocalypse. Cependant je suis sorti de ce trou noir, tout cela est définitivement révolu, j'ai fait mon mea-culpa, j'ai tiré des leçons de cette période, j'ai également fait le deuil de mon rôle de père, n'ai même plus de véritables animosités envers la mère de ma fille, sa famille et les femmes de ma famille. Oui, là-aussi j'ai tourné la page et n'éprouve plus de véritables regrets d'avoir vécu ces différents enfers. Pour moi, tout cela est mort, comme si ça n'avait jamais existé, ou alors existé de manière si fulgurante, les événements s'enchaînant les uns derrière les autres, sans laisser de réel temps de répit, qu'aucun d'entre eux n'a de prééminence sur son suivant ou sur celui qui l'a précédé. Chaque événement, en soi, fut bref, y compris la mort de Michel, et seule la séparation de ma fille à réellement duré. Mais cela aussi, cette séparation, je ne l'éprouve plus comme naguère, car je ne suis plus dans l'attente d'obtenir la place qui aurait dû être la mienne, à savoir un père à part entière. Bouddha parlait de détachement, de distance, de recul, pour atteindre je ne sais quel nirvana. Même si je ne connais que très peu la philosophie bouddhiste, je confirme que le plus souvent le détachement est salutaire. Il évite bien des contorsions et des conflits avec soi-même et les autres. Cependant, dans ma définition, le détachement ne signifie pas ignorer l'autre et le reste du monde, faire abstraction de nos actes ou de ceux de l'autre. Se détacher, c'est parvenir à faire en sorte que quelque soit le problème sur le chemin, nous parvenions à prendre assez de recul pour que la dit-problème n'en soit plus un dans notre esprit. Cela ne veut donc pas dire ignorer le problème ou l'occulter, mais l'aborder sereinement, même si c'est un problème que l'on ne peut résoudre, comme l'approche de sa mort par exemple.

Oui, lorsque je repense à l'enfant que j'ai été, de mes 5ans à mes 10ans, je suis toujours aussi étonné par la joie de vivre que j'avais alors, par ma volonté d'être dans le plaisir. Puis vint la pré-adolescence et l'adolescence, moment où mes yeux ont commencé à s'ouvrir sur le spectacle de notre monde, celui de ma famille, réalisant des choses que je n'aurai jamais soupçonné exister. D'année en année, ma joie de vivre à complètement disparue et je ne cherchai plus qu'une chose : vivre le moins de désagrément possible. Cette période s'étala de mes 11ans à mes 20ans. Ais-je des regrets au jour d'aujourd'hui par rapport à tout cela ? Strictement aucun. Enfant j'étais joyeux parce que je ne comprenais rien à rien aux choses de ce monde, comme tout enfant, puis, plus tard, les circonstances familiales et mes facultés intellectuelles se développant au fur et à mesure que je grandissais, j'ai vu et vécu l'envers du décors. Ce fût l'occasion de belles douches froides, parfois glaciales.

Dans le bilan de ma vie, je ne peux faire l'impasse sur ma famille, surtout sur ma mère qui, croyant toujours bien faire, a plus été un frein à mon épanouissement qu'autre chose, même si elle toujours répondue présente lors de mes diverses traversées du désert. Je ne lui en veux plus, là-aussi j'ai pris du recul, j'ai pris acte qu'elle était obtuse, toujours certaine d'avoir raison, ne sachant pas prendre en compte les besoins que lui expriment ses enfants, en termes pourtant très clairs, parfois même très crus. Oui, j'ai pris mon partie qu'elle était ainsi, je l'ai accepté, ne lui en veux plus pour hier, j'ai simplement mis beaucoup de distance entre nous en conséquence, ne lui parlant pratiquement pas de ma vie, de mes questions, la tenant juste au courant de l'évolution de ma maladie. Mais il n'y a pas plus de partage que ça, car de mon côté les centres d'intérêts de ma mère ne m’intéresse pas. A partir de là, je n'ai que très peu de question à lui poser, excepté sur sa santé. Avec mon frère et ma sœur, dans l'ensemble tout s'est toujours bien passé et là-aussi le regret de quoi que ce soit n'est pas de mise. Reste mon père avec qui j'ai vécu 16ans, âge que j'avais lorsque mes parents se sont séparés. Lui, c'est un inconnu quelque part. Certes je connais certaines de ses facettes, mais pour autant elles  ne m'ont jamais fait comprendre qui il était, ce qui se passait ans sa tête, qu'est-ce qu'il appréciait réellement ou non. Oui, à plus d'un titre c'est un inconnu. Même s'il ne s'est jamais occupé de ses enfants, même s'il tapait ma mère, même si c'était, comme moi, un fainéant fini, c'est encore de mes deux parents celui qui m'aura laissé le plus tranquille, celui avec lequel j'étais le plus serein lorsque j'étais en présence, celui qui n'essayait pas de m'imposer ses idées, ses points de vues, contrairement à ma mère. Donc je ne regrette pas de l'avoir eu comme père. Parce que je me suis tôt émancipé du tutorat de mes parents, vers l'âge de treize ans, n'en faisant alors qu'à ma tête quels que soient les conflits que cela engendraient entre eux et moi, tout ce temps passé chez eux pouvait être assimiler à des vacances. Effectivement, je n'allais plus à l'école, sinon pour me faire renvoyer dans le mois qui suivait, et j'étais toute la journée dehors avec des copains qui, peu ou prou, étaient dans le même cas que moi. D'ailleurs, c'est avec cette bande que je me suis forgé ce que j’appellerai ma seconde identité. La première était celle de l'enfance, période où je ne remettais rien en question, prenais et avalais les choses, les dires tels qu'ils venaient. Mais lorsque j'ai commencé à fréquenter cette bande, c'est absolument tout que je remettais en question, y compris moi-même évidement. De cette seconde identité qui en résultat, il me reste encore aujourd'hui des résidus, même si je ne suis plus du tout celui d'alors. Cependant, certaines vues de l'esprit sont restées intactes, inchangées, de même que ma volonté de ne pas vivre certaines choses, même si aujourd'hui je met d'autres formes pour obtenir ce que je désire, des formes plus douces, moins agressives, beaucoup moins violentes qu'à cette époque et après. Bien que cette période avec la bande soit l'un des meilleurs souvenir de ma vie, bien que je n'ai fait avec eux que braver l'interdit, faire des conneries en tout genre, me suis droguer, ai volé, dépouillé, bref le portrait parfait du complet délinquant, je ne regrette pas non plus d'avoir quitter ce petit monde un jour.

Oui, si je devais faire le bilan de ma vie, au bout du compte je ne m'en plaindrai pas, car entre-temps j'ai vu des personnes vivre bien pire que ce que j'ai vécu. Contrairement à beaucoup, j'ai toujours eu cette chance que quelqu'un me tende la main dans les moments critiques de ma vie, en plus des mains tendues par ma famille. De même, du fait de ma maladie et des prises de conscience qu'elle a provoqué dans mon esprit, des modifications qu'elle a fait subvenir dans mon cœur, dans ma manière d'éprouver les êtres, les choses et moi-même, oui, tout cela m'a amener à voir encore plus futile des choses que je trouvais déjà futiles, mais sur lesquelles je réagissais toujours avant l'annonce de ma maladie, dépensant ainsi mon énergie pour rien, ce que je ne fais guère plus à présent.

dimanche 6 septembre 2015

Improvisation...

6 septembre 2015


Septembre à Belfort
Ville de ma mort ?
C'est ce que je crois
Peut-être même ce que je veux

Mourir ?
Est-ce cela vivre ?
C'est ce que je crois
Pas forcément ce que je veux

Belfort
Les montagnes qui m'encerclent
L'horizon qui se bouche
Enfermé dans un corps
Comme le sont mes cellules
Cancéreuses ou trop saines
Cloîtrées sous ma chair
Faites elle-même d'autres cellules

Où est l'amour dans tout ça ?
Qu'est-ce que l'amour face au mal ?
Que peut l'amour contre la maladie ?
Sert-il encore d'aimer quelqu'un ?

Non, je ne regrette rien
Seulement de n'avoir pas été un père
Seule amertume
Que j'emporterai dans ma tombe

Il n'y a plus de vérité dans ma vie, chaque jour elles s'écroulent une à une. Même toi, vivant face à moi, je ne sais plus qui tu es, car tu n'es pas poussière, mais tu n'es pas plus de la consistance. Tes pensées, les miennes, ce vent insaisissable qui nous fait croire que nous sommes, que quelque chose est, consistance encore une fois, tout cela est pire qu'un leurre qui nous fait croire en l'illusion. Alors je pense au temps, verdict de l'existence, l'unique, il n'en est d'autre, c'est bien lui qui est au commande. Alors la mort, serait-ce l’absence du temps, car sans temps, nulle existence possible.

Je me prépare à ma mort, je ne sais pas comment, mais je sais que je m'y prépare. Oui, chaque jours je pense à toi l'inconnue, toi a qui je n'ai pas écrit depuis longtemps directement, depuis l'ouverture de mon blog ou presque. Je me rappelle qu'alors je voulais me familiariser avec toi, avec l'idée de ma fin, avec l'idée de ce que tu pouvais être ou ne pas être. Un beau jour, je dû penser avoir fait le tour de la question, puisque depuis je ne me suis plus adressé à toi. Alors pourquoi reviens-je vers toi aujourd'hui ? Je ne sais d'où me vient cette impression, mais je pense notre rencontre de plus en plus éminente. Je ne vivrai pas encore cinq ans, même pas deux je pense, la maladie m'aura emporté d'ici-là. C'est comme une espèce de foi, celle de celui qui reçoit la grâce de la nouvelle, mais ce n'est pas l'annonce de Dieu que je reçoit, mais celle de la fin d'un cycle. J'ai fait mon temps pour vous, dans notre ère, notre espace-temps, tout comme j'avais fait mon temps avant de naître, d'être quelque chose qui pourrirait un peu plus chaque jours, dès ma première seconde de vie et, ce, jusqu'à ma fin, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien que mon corps puisse supporter pour que je respire quelques heures de plus. Cancer ou autre, c'est la dégénérescence de notre corps qui mène à notre mort, peu importe ce qui l'a produit, peu importe l'âge. Aussi je dois accepter, un peu plus encore, que je me dégénère plus vite qu'hier et qu'il n'y aurait de raison objective pour que ce processus cesse. Je pense à ma fille qui va pleurer, ainsi qu'à tous les autres, mais tous s'en remettront, comme je me suis moi-même remis de la mort de mes proches, à commencer par celle de mon père. Oui, la vie n'attends pas de nous que nous nous larmoyons des mois et des mois. Si nous sommes l'espèce la plus dangereuse de la Terre, c'est parce qu'elle a voulu faire de nous des guerriers, des guerrières, des irréductibles, des indomptables, des conquérants, les plus redoutables des prédateurs.

Parce que génétiquement nous sommes faits pour être cela, pour aller conquérir, pour partir à la guerre, à l'origine envers le gibier, une fois nos besoins vitaux satisfaits, nourriture, boisson, protection contre les intempéries, que ce soit vêtements, huttes ou maison, nous avons donc commencer à nous sédentariser. Dans les premiers villages, vite, le taux de natalité a commencé à augmenté, la population s'est multiplié, mais que faire de nos instincts sauvages ? Parce que nous sommes stupides, cela est indéniable, nous les avons dirigé  contre nous-mêmes, contre d'autres peuplades pour nous accaparer leur terre, leur nourriture, etc. C'est pour cela que nous avons inventé toute une spiritualité, des religions, la philosophie, histoire de ne pas passer notre temps à nous donner la mort entre nous, de mettre en place des messages de paix plutôt que de guerre, etc, mais on ne peut pas refaire la nature humaine avec de belles idées. De toutes les espèces vivantes, nous sommes la plus sauvage, car la seule capable de tuer toutes les autres et de se tuer entre elle.

« En permettant l'homme, la nature a commis beaucoup plus qu'une erreur de calcul : un attentat contre elle-même. » (Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)

Je n'aurai pas mieux dit !

« Quand chacun aura compris que la naissance est une défaite, l'existence, enfin supportable, apparaîtra comme le lendemain d'une capitulation, comme le soulagement et le repos du vaincu. » (Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)

Effectivement, si nous étions capables de voir les choses ainsi, l'idée de même de pouvoir, de puissance, nous semblerait inéluctablement imbécile. Vu le monde que nos ancêtres et nous-mêmes avons construit, son état d'esprit, c'est dire à quel point nous le sommes.

« La maxime stoïcienne selon laquelle nous devons nous plier sans murmure,aux choses qui ne dépendent pas de nous, ne tient compte que des malheurs extérieurs, qui échappent à notre volonté. Mais ceux qui viennent de nous-mêmes, comment nous en accommoder ? Si nous sommes la source de nos maux, à qui nous en prendre ? À nous même ? Nous nous arrangeons heureusement pour oublier que nous sommes les vrais coupables, et d'ailleurs l'existence n'est tolérable que si nous renouvelons chaque jour ce mensonge et cet oubli. » (Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)

Même si le fait de devenir malade ne dépend pas forcément de notre volonté, une fois la maladie présente, une fois que nous sommes elle et qu'elle est nous, comment nous en accommoder là, également ? A qui nous en prendre ? Bien entendu je parle du cancer comme type de maladie, pas d'un rhume qu'un autre nous a refilé. Mais quand notre corps devient défaillant, de son propre fait en plus, car les cellules cancéreuses, les tumeurs, ne nous demandent pas et ne demandent à personne la permission de se constituer, à qui nous en prendre pour alléger un peu notre fardeau, notre stupeur, notre tristesse, notre peur ou notre colère ? Personne, il n'y a personne, impossible de trouver un bouc émissaire, même Dieu ne répond pas. Comme nous sommes l'unique responsable de ce qui nous arrive, car c'est bien du fait de notre propre corps et non d'une cause extérieure que nous avons attrapé notre cancer, même si pourtant nous n'avons pas fauté, trahis ou punis ce dernier, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour oublier que nous sommes les seuls coupables. Coupable de quoi ? Uniquement d'avoir eu ce corps que nous avons, son fonctionnement et ses dysfonctionnements. Le mien n'a pas résisté au tabac. D'autres corps y résistent et ces personnes-là meurent d'une autre forme de mort, la vieillesse par exemple, tout simplement. Ainsi, chaque jour, pour essayer d'avoir encore un peu de plaisir, je renouvelle ce mensonge que je ne suis pas le seul coupable. L'industrie du tabac l'est aussi, ainsi que notre état qui permet la vente de tabac, s'en mettant plein les poches au passage, au détriment de la santé publique. Je pourrai également m'en prendre à mon père qui était un fumeur, ne me donnant ainsi pas le bon exemple. Je pourrai m'en prendre à ma mère qui, elle, était non fumeuse et n'a pas sû faire ce qu'il fallait pour que je ne fume pas. Je pourrai aussi m'en prendre à toutes les personnes non fumeuses que j'ai côtoyé dans ma vie, amis, amies, et qui ne m'ont jamais incité à m'arrêter. Bref, pour alléger mon fardeau, je n'ai que l'embarras du choix, c'est tellement plus simple de rejeter sur autrui ou une cause extérieure nos désagréments. Évidemment c'est lâche, voire presque honteux. C'est comme prendre mes cachets, anxiolytique et antidépresseur, pour fuir un peu la réalité de moi-même, me permettant non pas de m'oublier, mais de penser un peu moins ou un peu plus sereinement à ma mort à venir, ma mort proche, car mes tumeurs, comme de bonnes guerrières qu'elles sont, veulent continuer à gagner du terrain, de l'espace, vivre quoi.

vendredi 4 septembre 2015

De l'humain

4 septembre 2015


J'aimerai vous dire que j'aime l'homme, que j'aime notre espèce, mais cela m'est strictement impossible à faire. Est-ce à dire que je le honni, que je le maudit ? Non, ce n'est pas cela du tout, mais s'il doit y avoir quelque chose après la mort, un lieu, un temps, un espace où l'humanité n'existe plus, il est clair qu'elle ne me manquera pas. Nos ego, notre égoïsme naturel, la façon dont nous œuvrons en général de manière égocentrique, ne faisant que peu de cas de notre voisin, de membre de notre propre famille, de ce monde que nous avons créé, celui de l'homme, où nous ne recherchons que plaisir et profit, comment voulez-vous que nous nous entendions, comment voulez-vous que nous cohabitions en paix, cela est strictement impossible, chacun ne voyant que midi à sa porte et, parmi les rares qui essayent de voir plus large, parce qu'ils sont une infime minorité, ils sont purement et simplement ignoré, comme s'ils n'existaient pas. Qu'il s'agisse d'association ou de groupement divers qui ont pour but d'améliorer nos conditions de vie, du bien vivre ensemble, elles sont acceptées, tolérées par la majorité qui n'en à rien à foutre des causes défendues. Mais elles leur servent d'alibi, sont un excellent prétexte pour soulager leur conscience, en faisant un petit don par-ci, par-là, mais se souciant avant tout de ne pas mettre la main dans la combustion, de ne pas perdre leurs privilèges, aussi ridicules ou aussi immenses soient-ils.

Oui, j'ai une bien piètre idée de notre espèce, sachant pertinemment que je ne vaux pas mieux qu'un autre, que je suis tout autant exécrable, et me demande donc pourquoi je m'indigne. Serai-je plus tourné vers les autres pour autant ? Même s'il est vrai que je ne rejette personne à priori, je ne cherche pas à aider les autres pour autant, ou alors uniquement dans des contextes bien précis. Oui, à la lumière de mes valeurs, je ne me considère pas comme quelqu'un de bien. Je ne suis pas mauvais pour autant, mais sachant la tâche trop énorme pour mes simples petites épaules, tâche qui consisterai à faire concrètement quelque chose pour rendre ce monde meilleure à l'échelle planétaire, il y a belle lurette que j'ai baissé les bras, me résignant a accepté toutes les merdes que nous fabriquons. Je pense à Zazou, à Cynthia, qui, à leur détriment, préparent, conditionnent notre jeunesse à notre monde sans flamme, sans véritable avenir, sinon celui du pire et encore du pire. Avec ma fille, je fais ce même travail. Certes je l'incite à n'emmerder personne, à essayer d'éviter les conflits, mais surtout je lui dis de penser à elle, à son avenir, à l'importance de l'argent dans ce monde où, un  jour, elle partira seule. Je l'incite également à ne pas se laisser faire, à ne pas accepter qu'on essaye ou qu'on marche sur elle. Oui, je lui apprend déjà à se défendre, car notre monde n'est fait que d'attaque en tout genre. Les notes scolaires sont déjà une première attaque, car l'élève s'estime ou non à la lumière de ces dernières.

Y a-t-il des métiers nobles ? La médecine peut-être, mais les médecins sont-ils pour autant des gens plus sages que les autres. Cela je ne le crois pas une seconde. Dans tout les corps de métier, il y a des incompétents, des gens malsains.

mercredi 29 juillet 2015

Inspiration

29 juillet 2015


Dans quelques minutes il sera 20h00, début de soirée. Je suis à une terrasse de café place Sainte-Anne, café qui se nome « La bonne nouvelle » exactement, comme un présage, une obligation presque, de tout faire pour que les choses aillent bien, se déroulent biens, loin de tout conflit ou désaccord profond entre Cynthia et moi, entre mes proches et ma personne. Ma vue,c'est de pire en pire. Les lunettes sont dans mon sac, mais n'ayant pas envie de les porter, je vois flou, parfois très flou en tapant mes mots, en regardant mon clavier, en relisant parfois ce que j'écris.

En ce moment j'ai l'impression de ne plus avoir d'inspiration, raison pour laquelle je me suis remis à lire autour de thèmes qui, d'ordinaire, m'inspire. Oui, même mon cancer et ma mort ne m'inspire plus. J'y pense tous les jours, certes, mais comme l'on regarde la météo, histoire de se tenir informé, mais ne changeant absolument rien à notre programme de la journée. De même, depuis que j'ai découvert cette artiste-peintre sur facebook, dont à présent je sais qu'il est un homme né en 1948, je me sert de ses toiles pour me laisser à écrire. A présent il sait que j'ai un cancer et, de ce qu'il m'en a dit, cela lui a créé un choc. Quel type de choc ? Générant quoi ? La fuite ou le rapprochement ? Quoi qu'il en soit, au cas où cela arriverait, je lui ferai comprendre que je ne veux ni n'ai besoin de compassion ou de pitié.

Je ne sais pourquoi mon cancer, le fait d'être ce type de malade, ne me fait plus peur, ne m'inquiète plus, alors qu'il y a trois ou quatre mois cela n'était pas encore le cas. Est-ce parce que l'on s'habitue  à tout, y compris à savoir en toute conscience que l'on vit peut-être ses derniers moments, ses derniers mois, voire ses deux ou trois dernières années de vie ? En deux ans seulement, je me suis plus familiarisé avec la mort, la mienne et celle des autres, que durant toute ma vie où je n'ai cessé de chercher le sens de la vie, comme un frénétique, comme si c'était une guerre à gagner, coûte que coûte. Dès le départ je me suis trompé de question, ne me suis pas posé la bonne. Ce n'est pas au sens de la vie que je devais essayer de trouver une réponse, mais bel et bien au sens de la mort, ce qui n'est pas du tout la même chose. Quel aurait été alors mon parcourt si j'étais parti dans cette quête ? Me serais-je tant attardé sur les injustices et absurdités de notre monde, faisant ainsi de moi un constant révolté, n'hésitant pas à agir en conséquence, quitte à enfreindre, braver la loi et les hommes ? Pour autant, il n'est ni sot ni illégitime de se poser la question du sens de la vie, mais que nous le sachions ou non, consciemment ou pas, c'est notre regard sur la mort qui conditionne notre regard sur la vie et, en conséquence, sur son sens. Cependant, rien, de et dans la vie, ne donne de réponse au mystère de la mort, absolument rien.

lundi 27 juillet 2015

De notre époque...

27 juillet 2015


Pleins de choses me traversent l'esprit en cette soirée qui débute. Il est pile 20h00 et, contrairement à d'habitude, je n'ai pas envie de raconter ma journée, tout du moins sous la forme où je le fais habituellement, c'est à dire chronologiquement. De suite me vient pourtant la nuit que j'ai passé, nuit où par deux fois je dû me rendre aux toilettes, victime de nausées parce que j'avais mangé trop de gâteaux juste avant de me coucher. Cependant cela n'a ni gâché ma nuit ni mon humeur. C'était un aléa de plus, un aléa ne présentant absolument aucun danger, un aléa qui ne mérite donc pas que je m'en contrarie.

Là, à l'instant, je viens de finir la lecture du livre « Les planches courbes » du poète Yves Bonnefoy. Peut-être ferais-je ce soir-même un article sur lui, avec certains poèmes que j'ai retenu, me laissant aller à disserter sur ce qu'il m'évoque. Je pense également à demain, grand jour, un autre grand jour, où dès 7h00 Cynthia et moi partirons pour Saint-Malo afin d'aller faire une belle excursion dans toute la baie. Je pense également à Cynthia et son envie de manger des moules. Cela fait plus de dix mois que nous sommes à Rennes, en Bretagne, et c'est seulement maintenant que cette envie se manifeste. Vous savez donc ce qu'elle mangera demain midi. Pour ma part, non que je n'aime pas les moules, je verrai sur place, dans le moment, si je l'accompagnerai d'un même repas ou d'un autre.

Je pense également à Lila dont je n'ai plus de nouvelle. Cette semaine elle est en vacance près de la mer. Aussi, peut-être n'a-t-elle pas d'ordinateur portable ou de connexion wifi là où elle se trouve. Quoi qu'il en soit, j'espère que cette semaine de vacance lui sera salutaire, lui changera un peu les idées, en se concentrant plus sur la plage, la mer, les oiseaux, que sur sa maladie. Cela me fait penser que je dois également répondre à Virginie qui, tant bien que mal, s'accroche à son histoire d'amour, histoire malheureusement souvent entravée par la maladie de son compagnon et la manière dont il l'a gère, la manière dont il se gère.

De même, je ne sais plus si j'en ai déjà parlé tant ma mémoire est un véritable foutoir, mais j'ai rencontré via facebook un artiste-peintre qui expose une partie de ses œuvres sur son site. Deux thèmes y sont présentés, celui d'Eros et celui de Thanatos, ou dit autrement et plus largement, l'amour et la mort. Je ne saurai vous dire pourquoi son style me parle, mais comme ses tableaux m'inspirent, cet artiste dont je ne sais si c'est un homme ou une femme, simplement qu'il n'est pas français, mais qu'il s'exprime parfaitement bien dans notre langue, donc cet artiste m'a donné l'autorisation de publier sur facebook, dans le groupe dont nous faisons tous les deux partie, la prose, voire la poésie dans laquelle m'entraîne certains de ses tableaux. Du coup je pense à Zazou qui illustre ses poèmes et me demande si elle choisie l'illustration après avoir écrit son poème, ou si c'est l'illustration qui lui inspire son poème.

Sinon, aujourd'hui j'ai passé la première partie de l'après-midi avec Cynthia. Nous avons acheté nos billets de trains pour demain, puis avions décidé d'aller acheter du vin et des boites de chocolats, boites que je veux offrir à mon médecin généraliste et à mes pharmaciens qui, à leur façon et par leur excellent accueil, ont participer directement à ce que j'apprécie cette année passée à Rennes. Malheureusement, étant lundi, les commerces où nous comptions faire nos achats étaient fermés. Cela n'ai pas grave, nous y retournerons mercredi ou jeudi, nous ne sommes pas à un jour près.

Comme je vous l'ai dit, je me suis remis à fumer. Je ne peux pas dire que je m'en veux, car je ne m'en veux pas, mais je trouve vraiment dommage de ne pas avoir assez de force de volonté pour arrêter cette connerie. Oui, c'est parce que c'est un véritable plaisir de fumer, bien plus qu'un besoin puisque j'ai ma cigarette électronique qui me fournit toute la nicotine dont j'ai besoin, que je me suis remis à mettre ma vie en danger. Ainsi, j'ai beau critiquer l'espèce humaine, sa bêtise, l'absurdité de beaucoup de ses réflexions, de ses idées, de ses actions, il n'en demeure pas moins, mes actes le prouvent, que je fais bien partie du même marasme, ne tirant les leçons de quoi que ce soit uniquement si cela m'arrange, bref, que je suis bien loin d'atteindre je ne sais quelle forme de sagesse. D'ailleurs, dans notre monde, tel qu'il est, tel que nous le façonnons, avec ses règles, ses valeurs, qu'elles soient économiques, sociales, culturelles, politiques, que veut dire être sage, qu'est-ce que la sagesse ? Est-ce tenter de se défaire de certaines valeurs dominantes qui nous paraissent, pour une raison ou une autre, non conformes à notre conception des choses et, en conséquence, qui ne peuvent que compliquer notre vie quotidienne si l'on se fait un devoir de vivre selon ses propres principes ? Mais d'un autre côté, n'est-ce pas également une forme de sagesse que de suivre le train là où il va, sans se poser plus de question que ça, d'accepter les routes et les couloirs déjà existant via lesquels la majorité d'entre nous mènent et font leur vie ? De même, la sagesse est-elle de douter, de mettre en cause, de s'interroger ? Car quelques soient nos réponses, en quoi seraient-elles plus proches d'une certaine forme de vérité et, quand bien même ce serait le cas, est-ce que la vérité aide, permet de nous rendre heureux pour autant ? Pour ma part, je pense que la vérité fait mal, presque toujours, non pas parce qu'elle est ce qu'elle est, mais parce que bien souvent elle met à mal, anéantie, brise, une illusion, un fausse croyance, une conviction ou une certitude que nous avions jusqu'alors. Oui, dès notre plus jeune âge nous sommes très mal éduqué ? D'ailleurs, plus j'y pense et plus je me dis que l'éducation des enfants devraient être confié à des personnes de plus de cinquante ans, ayant parfaitement compris comment fonctionnait notre monde, ce que l'on pouvait en attendre ou non. Mais en règle générale, les parents d'aujourd'hui ont entre vingt et trente-cinq ans, ne comprennent que peu de chose aux choses de notre monde, sortent de l'école ou y sont encore, tandis que d'autre débutent dans le monde du travail. L'immense majorité est plein de projets, plein d'enthousiasme à l'idée que leurs projets se concrétiseront forcément et qu'alors, quand bien même se réaliseraient-ils, ils vivront le bonheur. Aussi, comme ce sont des rêveurs, des incultes, voire des ignares qui élèvent les enfants, eux aussi entre de plein pieds dans le monde du rêve et de l'illusion. Oui, il n'y a personne pour leur expliquer la brutalité de notre monde, personne pour leur dire clairement qu'absolument rien n'est jamais acquis, personne pour leur signaler que la réalisation de quoi que ce soit n'est pas une fin en soi, que tout ne marche que par étape, par marche, et qu'il suffit d'en louper une ou de stagner sur l'une d'entre elle pour que le projet ne puisse se réaliser, pour que l'avenir soit bouché, qu'ils auront plus de chance de vivre comme des miséreux que comme des gens riches. Oui, nous entretenons nos gamins dans le rêve, n'osons leur dire la vérité, leur mentons volontairement par omission ou, pire encore, leur tenons des propos sur leur avenir en lesquels nous ne croyons même pas. Comment s'étonner alors que nous fabriquons des générations de désillusionnés ?

dimanche 26 juillet 2015

Cioran, "De l'inconvénient d'être né" IV

26 juillet 2015


« Réfléchir à ceux qui n'en ont plus pour longtemps, qui savent que tout est aboli en eux, sauf le temps où se déroule la pensée de leur fin. S'adresser à ce temps-là. Écrire pour des gladiateurs... » (Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)

Je ne sais si me mourant est un gladiateur, dans le sens où il a encore la force de se battre, mais il est un vétéran, presque un monument, comme si sa vie s'était faite statue, statue qu'il incarne par la décomposition même de son corps. Oui, c'est à eux surtout que je m'adresse dans mes dialogues imaginaires, bien plus qu'au personne pour lesquelles loin est le temps,à priori, où la pensée de leur fin sera leur quotidien, qu'il le souhaite ou non, au moins un temps dans la journée. C'est la raison pour laquelle, pour qui ne peut se faire à cet état de fait, il lui faut être actif, plonger et noyer son esprit dans l'action afin d'échapper à cette seule pensée possible arrivé à un certain stade de sa vie. Cependant, même écrire pour des gladiateurs, quelle utilité au final ? Le combat, ils ne peuvent y échapper. Ils sortiront peut-être victorieux une fois, deux fois, mais inéluctablement ils seront un jour face à leur maître. Pour tout ce qui existe, de l'étoile à l'humain, des galaxies au bactéries, le maître est la mort toujours. C'est lui qui programme déjà à l'avance notre temps de vie, à quelques mois ou années près, temps de vie qui varie selon les aléas de l'environnement, de la comète qui s'effondre, s'écrasant en une immense explosion sur telle ou telle planète, jusqu'à la cellule qui, on ne sait encore pourquoi, se détraque, devenant cancéreuse par exemple, mettant ainsi péril le temps pré-programmé, qui nous était impartit par notre corps, lui-même parfaite expression de notre mort en cours, déjà à l'état de fœtus.

« Rien ne mérite d'être défait, sans doute parce que rien ne méritait d'être fait. Ainsi on se détache de tout, de l'originel autant que de l'ultime, de l'avènement comme de l'effondrement. » (Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)

Là, un état délicat à atteindre, voire impossible à concevoir pour la plupart, tant il faut avoir mis en cause des choses et des choses pour entrevoir, sinon percevoir dans le meilleur des cas, que tout est vain, car le plus souvent infondé, même si cela ne signifie pas que tout est futile pour autant, ou sans intérêt. Mais faire ou défaire ne change rien à notre sort final, strictement rien, sinon, pour ceux et celles qui pense le contraire, se convaincant à tout prix que l'existence sert à quelque chose. D'ailleurs, peut-être sert-elle à quelque chose, quelque chose qui nous dépasse forcément puisque personne n'y a encore trouvé de sens. Ainsi, il arrive un moment où l'avènement ou l'effondrement ne provoque plus rien en nous, ou tout au moins de moins en moins de tumulte, où les valeurs n'ont plus de sens, de consistance, de la plus belle des valeurs à la plus exécrable. Pour ma part je suis à un point où nul naissance, nul événement dit « heureux », ne serait-ce que l'obtention d'un diplôme ou la rencontre par un tiers de son être aimé, me laisse indifférent. Plus d'extase, pas de joie excessive, tout cela est de l'éphémère, y compris ce qui est ressenti par les personnes concernées, car tôt ou trad, elles finiront par oublier ce qu'elles ont éprouvé dans ces moments-là. De même, face à l’exécrable,  le détestable, l'abominable, je deviens également de plus en plus de marbre. Les injustices, parfois les atrocités, la sauvagerie, la barbarie, je les vois comme vous, en entends parler, mais mon esprit ne s'y attarde plus, ne prends plus au sérieux, dans le sens grave, de gravité, toutes ces choses-là. A droite on enlève des jeunes filles par centaines pour les revendre, à gauche on fait exploser des rames de métro ou des avions, au milieu on laisse sur le carreau des milliards de gens qui n'ont pas de quoi vivre décemment, on a même inventé un seuil de pauvreté pour faire croire que l'on prenait cette injustice en cause, de doux chiffres et une douce courbe statistique pour faire passer la pilule, pour ne pas faire culpabiliser ceux qui ne sont pas dans cette situation. Oui, nous sommes bel et bien abject, ou bête, je ne sais pas, peut-être les deux. Enfin, concernant l'effondrement auquel Cioran fait allusion, même de mon sort physique je me détache de plus en plus. Oui, j'ai bien compris maintenant, intégré, assimilé, que ma mort c'est lui. Ainsi, que j'en prenne soin ou non, de même si l'on m'agresse, j'accepte à l'avance qu'il souffre encore, qu'il dépérisse encore un peu plus, peut importe la cause, externe ou interne. Retarder le dernier moment de vie n'est pas mon créneau, vous l'aurez compris. Le précipiter ne l'est pas non plus, sinon je me serai déjà suicidé. Donc je continue mon petit bonhomme de chemin, sans plus chercher du tout où il me mènera, sans plus lui chercher de direction ou d'objectif à atteindre, me laissant uniquement glisser dans les pas de ma compagne, là où la trajectoire qui lui est propre la mène. Je suis comme son mouton et il m'importe peu d'être un mouton ou non tant que je vis paisiblement ma fin.


« Il est des moments où, si éloignés que nous soyons de toute foi, nous ne concevons que Dieu comme interlocuteur. Nous adresser à quelqu'un d'autre nous semble une impossibilité ou une folie. La solitude, à son stade extrême, exige une forme de conversation, extrême elle aussi. » (Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)

Cette citation me rappelle l'ouverture de mon blog, en septembre dernier, où j'étais dans une phase où je cherchai à apprivoiser la mort, l'idée de mourir, l'idée de ma mort, dans ce type de solitude intérieure. Certes, mon interlocuteur imaginaire n'était pas Dieu, puisque je ne crois en aucun dieu, mais j'ai écrit dans cette esprit-là toutes les « lettres à l'inconnue » qui figure dans la catégorie qui lui est dédié. Oui, il est des moments où nous sommes tellement dans l'ahurissement, l'ébahissement, face à ce qui nous arrive ou nous traverse, sachant que nous sommes parfaitement incapable de faire comprendre à qui que ce soit le chamboulement, le bouleversement, le tremblement de terre, qui nous traverse. Alors, afin d'extérioriser pour mieux apprivoiser, dompter, voire comprendre exactement ce qui se produit, nous nous adressons à l'au-delà, un au-delà qui, nous le savons, ne portera aucun jugement, strictement aucun, sur notre questionnement ou sur notre état des lieux. Oui, lorsque l'on s'expose, savoir que l'on ne sera pas jugé est salvateur, source de délivrance, presque de joie.

« Le même sentiment d'inappartenance, de jeu inutile, où que j'aille : je feins de m'intéresser à ce qui ne m'importe guère, je me trémousse par automatisme ou par charité, sans jamais être dans le coup, sans jamais être quelque part. Ce qui m'attire est ailleurs, et cet ailleurs je ne sais ce qu'il est. »
(Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)

En deux ans, moment de l'annonce de mon cancer et aujourd'hui, voilà où j'en suis arrivé, exactement à ce qui est décrit dans cette citation. Simplement, à l'heure d'aujourd'hui, je sais quel est cet ailleurs qui m'attire. Il est ma fin, ni plus ni moins, que je ne cesse de m'imaginer en large et en travers. Ce n'est pas la mort que j'imagine, l'état de mort, sa condition, car là, j'avoue être en panne d’imagination. Non, c'est la ? Où cela se passera-t-il ? Qui y aura-t-il autour de moi ? Y aura-t-il m^me quelqu'un, car mon grand-père maternelle est mort seul dans une chambre d'hôpital, aucun proche autour de lui Moi, j'aimerai que Cynthia et ma fille prennent chacune l'une de mes mains jusqu'à mon dernier souffle. Oui, égoïstement, j'aurai l'impression de ne pas partir seul, d'emmener un peu d'elles dans ce néant dont je ne connais que le nom. De même, de manière plus ou moins consciente, de sentir leur main dans les miennes me donnera certainement l'impression que j'ai encore du temps devant moi, que l'adieu n'est pas pour tout de suite. Quoi qu'il en soit, il est vrai que plus ça va et plus je feins de m'intéresser à des choses dont je n'ai, finalement, plus rien à foutre. Seules m'intéressent aujourd'hui les choses et les êtres qui m'apportent un semblant d'épanouissement, de contentement, voire, dans les cas les plus exceptionnels, du plaisir.Aussi, comme il est bien peu de chose qui m'intéresse encore vraiment, c'est aussi l'une des raisons pour laquelle je ne cherche plus du tout à nouer de nouvelles relations. Effectivement, je sais que si cela advenait, tôt ou tard, je serai obligé de feindre là encore, d'être hypocrite, disons le mot, et je ne peux me concevoir ainsi. Même si je sais désormais qu'aucune valeur ne tient la route, que toutes, sans exception, sont démontables, niables, il n'en reste pas moins que j'en ai gardé à mon compte et, bien que cela soit sot et inutile, car ne changeant pas la face du monde ni la nature humaine, je veux m'employer à agir en fonction d'elles, tant que cela me sera possible. L'honnêteté est la première des valeurs dans mon tableau. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faut tout dire, mais par contre cela implique qu'il ne faut pas mentir. Démerdez-vous comme vous voulez, mais ne me mentez jamais, car si je le découvre, il en sera immédiatement fini de notre relation. L'hypocrite étant un menteur, vous comprendrez alors que je me vis très mal dès que je dois feindre de m'intéresser à quelque chose dont je n'ai que faire.


« Si détrompé qu'on soit, il est impossible de vivre sans aucun espoir. On en garde toujours un, à son insu, et cet espoir inconscient compense tous les autres, explicites, qu'on a rejetés ou épuisés. » (Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)

Je ne peux qu'abdiquer face à cette affirmation. Bien sûr qu'en moi j'ai le secret espoir de durer encore longtemps. J'ai cet espoir, je le sais, uniquement parce que j'ai autour de moi des êtres chers que j'ai envie de continuer à côtoyer. Si ces êtres n'étaient pas là ou, par je ne sais quelle malchance, ils venaient à disparaître du jour au lendemain, peut-être qu’inconsciemment un autre type d'espoir m'habiterait, mais plus celui de durer.

« La curiosité de mesurer ses progrès dans la déchéance, est la seule raison qu'on a d'avancer en âge. On se croyait arrivé à la limite, on pensait que l'horizon était à jamais bouché, on se lamentait, on se laissait aller au découragement. Et puis on s'aperçoit qu'on peut tomber plus bas encore, qu'il y a du nouveau, que tout espoir n'est pas perdu, qu'il est possible de s'enfoncer un peu plus et d'écarter ainsi le danger de se figer, de se scléroser... » (Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)

A peu de chose près, je me reconnaît dans ces lignes à travers mon cancer. Certes, avant l'annonce de ce dernier, je n'avais certes pas la curiosité de mesurer mes progrès dans la déchéance puisque qu'à l'époque, j'avais surtout la curiosité de savoir si l'entreprise que je voulais créer me permettrait, financièrement, d'en vivre. Puis il y eut l'annonce du cancer et, dès ma première chimiothérapie, j'étais en mode automatique sur l'évolution de ma déchéance, voulant croire que les médecins arriveraient à enrayer ma maladie. Cet état d'esprit dura jusqu'à mon opération du poumon, ce charcutage de mon corps, où là je me crûs sauvé d'affaire. Mais virent les examens de contrôles un ou deux mois plus tard et, là, on découvrait une nouvelle métastase dans mon cerveau. D'un coup je suis tombé par-dessus les rempart de mon château en Espagne. C'est alors que j'ai commencé à penser, et pense encore, que l'horizon était à jamais bouché, que je ne pourrai pas aller bien loin dans le temps. Puis l'on a découvert plus tard une troisième puis une quatrième métastases. Depuis je ne peux que constater qu'il est vrai que l'on peut continuer à s'enfoncer inexorablement dans la maladie, mais néanmoins continuer à vivre, et bien plus longtemps que je ne le pensais naguère. Ainsi, depuis, c'est en toute conscience, comme je l'ai dit précédemment, que j'entretiens l'espoir de durer encore et encore. Dans quelles conditions ? Ce sera la surprise.

« Je ne connais personne de plus inutile et de plus inutilisable que moi. C'est là une donnée que je devrais accepter tout simplement, sans en tirer la moindre fierté. Tant qu'il n'en sera pas ainsi, la conscience de mon inutilité ne me servira à rien. » (Cioran, « De l'inconvénient d'être né »)