mercredi 5 août 2015

Dernière semaine

5 août 2015


Il y a bien longtemps que je n'ai pas écrit, mais avais-je envie d'écrire ? Je crois que je ne veux pas voir passer cette dernière semaine à Rennes, et écrire chaque jour m'aurait faire le décompte, malgré moi, des jours restants. Après-demain l'appartement sera vide et le soir, déjà, Cynthia et moi dormirons à l'hôtel. Quoi qu'il en soit, dimanche matin nous serons dans le train qui nous mènera à Lyon, dimanche matin nous quitterons définitivement Rennes, la Bretagne, sa mer, ses plages et ses rivages. Nos quitterons également l'esprit breton.

Ces derniers jours, toujours à cause des effets secondaires de ma radiothérapie, j'ai encore beaucoup dormi. Par deux fois, dont hier, Cynthia et moi avons été à Saint-Malo. La première fois, c'était pour faire une excursion en bateau. Nous avons alors fait le tour de la baie malouine pendant une heure trente. Ce jour-là également, Cynthia mangea ses premières moules-frites depuis qu'elle est en Bretagne. Hier, par contre, nous avons été visité l'aquarium de Saint-Malo. Cynthia, même si elle a pleuré en voyant les tortues géantes, aurait sans doute aimé voir plus de chose encore. Néanmoins la visite dura tout de même deux heures. Ensuite, pour la seconde fois, Cynthia remangea des moules-frites. Ensuite nous allâmes sur la plage et, pour la dernière fois cette année, elle alla tremper ses pieds dans l'océan, tandis que j'étais allongé dans le sable, contemplant le magnifique panorama qu'offre la baie de Saint-Malo.

Entre-temps, adieu oblige, j'ai offert une boite de chocolat à mon médecin traitant, ainsi qu'à mes pharmaciens qui, tous, ont été d'une sincère gentillesse et d'une extrême serviabilité, participant directement du plaisir que j'ai eu à résider à Rennes. De même, avant de partir, c'est avec plaisir que j'aurai recroisé Anne. Malheureusement cela n'a pu se faire, le hasard ne l'a pas voulu cette fois. Par contre j'ai rencontré Jacques en début de semaine ou le week-end dernier, je ne sais plus. Je venais de m'installer à la terrasse d'un café place Sainte-Anne et ce monsieur, peut-être un peu plus âgé que moi, était déjà installé à la table située à côté de la mienne. Honnêtement je ne me souviens plus comment nous en sommes arrivés à nous parler, mais pendant plus de trois heures nous avons échangé. Pour ma part, je ne parlais pas beaucoup parce que cela m’essoufflai rapidement. C'est ainsi que de fil en aiguille j'ai compris que Jacques avait eu une vie ordinaire, travaillant toute sa vie dans la restauration, ayant fondé une famille avec deux enfants, puis qu'un jour il se passa je ne sais quoi dans sa vie qui réduit tout à néant. De quoi s'agissait-il ? Mystère, mais je ne lui demandai aucune explication. Il m'apprit simplement que suite cet épisode, il fût reconnu COTOREP, autrement dit adulte handicapé, comme moi, et qu'il avait dû se reconvertir professionnellement. Il intégra alors une école, fit des études de comptable et, au final, diplôme en poche, il décrocha un poste. Depuis il travaille pour le ministère des finances, plus précisément il est chargé du recouvrement des amendes impayées. Lorsque nous nous quittâmes, il proposa de me laisser son numéro de téléphone, mais ne voulut pas du mien. Je lui dis que je l'appellerai sans faute lorsque je serai installé à Belfort. Voilà, cela a été l'une des rares rencontres fortuites que j'ai fait à Rennes.

Demain sera donc le dernier jour de rangement, c'est à cela que je pense présentement. Je me dis que cette année est passée bien vite et pourtant, pour la première fois de ma vie, je l'ai passé seul, uniquement avec Cynthia, sans copains ou amis, et cela ne m'a pas manqué. Comment cela se passera-t-il à Belfort ? Irais-je plus vers les autres ? Chaque chose en son temps comme on dit...

vendredi 31 juillet 2015

Déménagement

31 juillet 2015


Aujourd'hui, même scénario qu'hier. J'ai dormi les deux tiers de la journée, ne suis levé que depuis 14h00 et d'ici deux ou trois heure, parce que le sommeil m'envahira, j'irai me recoucher sous les coups de 23h00. Je vois Cynthia faire les cartons, le déménagement avancer, la maison devenant de plus en plus, me donnant de plus en plus l'envie d'en partir afin de me reposer à nouveau, complètement, dans notre futur logement. Dans une semaine les déménageurs emporteront tous les cartons, les quelques meubles que nous avons. Nous serons alors le sept juillet et passeront encore deux nuit à Rennes, mais à l'hôtel. L'état des lieux avec le propriétaire aura lieu le 8 et le 9 au matin, nous prendrons le train pour Lyon, première escale, où nous passerons deux nuits chez ses parents. Je ne serai toujours pas posé, mais uniquement en transit, attendant comme je le fais déjà aujourd'hui que le temps passe jusqu'au jour fatidique du 12 août, jours où les déménageurs nous livreront nos biens dans notre nouvelle appartement.

Plus je diminue la cortisone, plus je retrouve mon état « naturel ». S'il n'y avait pas les effets secondaires de la radiothérapie, je me demande dans quel état je serai aujourd'hui. Affaiblie ? Autant ensommeillé ? L'esprit alerte ou non ? Car je ne vous cacherai pas que de toute la semaine, les rares heures où je suis réveillé, je suis comme un somnambule, ou pas loin s'en faut. De même, ma notion du temps, mon rapport à ce dernier se modifie encore. Il y a quelques mois il était fugace, j'avais l'impression de voir chaque instant passer, défiler devant moi à une vitesse telle que j'aurai pu en avoir le vertige. L'ennui était complètement absent tant chaque image prenait la place de l'image précédente, image sur laquelle je ne pouvais m'attarder car, déjà, une nouvelle image se profilait à l'horizon. Mais ces derniers temps, ce n'est plus du tout ça. Est-ce à dire que je m’ennuie, que j'éprouve l'ennui. Non, je n'en suis pas encore là, mais j'éprouve néanmoins le besoin d'être occupé, ne serait-ce qu'à contempler les gens passer, comme j'aime le faire, comme je le fais en ce moment même, entre deux lignes, assis à la terrasse de l'un des cafés de la place des Lices.

Comme je l'ai signalé dans un article précédent, il y a bien longtemps que je ne me suis pas attardé sr mon cancer. Mais que puis-je dire de plus que je n'ai déjà dit ? Pour l'instant, sa pensée ne m'a pas procuré de nouveaux états d'âme. Je suis toujours dans l'attente, ce moment où l'on m'annoncera que l'on ne peut plus rien faire pour moi, pour me faire durer encore quelques mois, voire une année. C'est simplement le type d'attente qui a varié, qui a changé. Effectivement, je n'éprouve plus ce moment fatidique comme imminent. Et, plus ça va, plus je le vois lointain. Je ne demande alors si je dois ou non m'accrocher à ce sentiment, m'en servir comme tremplin pour d'éventuels espoirs, pour faire à nouveau des projets, au moins sur du court-terme, sur une année au moins. Mais tout cela dépendra de mes examens trimestriels, IRM et scanner, de ce que l'on y découvrira ou non, tout en gardant l'espoir que mon cancer ne se déclare pas ailleurs dans mon corps.

Je repense à une citation que m'a laissé Mamy dans l'un de ses commentaires :

« Qu'est-ce que chaque homme, en venant au monde, a perdu dans un port ? L'enfance. »

Une fois adulte, est-ce cela que nous recherchons tous, plus ou moins consciemment ? Retrouver le port, essayer de la reconstruire, car je veux imaginer que ce port était rassurant. Mais la majorité du temps, c'est au grand large que nous nous retrouvons, en pleine mer, devinant à peine les récifs que nous devrons éviter, sous peine de dégâts dans notre soute, voire de naufrage si le récif, le rocher était trop saillant. Nous recherchons également des phares pour nous diriger en pleine nuit, afin d'éviter là encore les récifs, sachant que lorsque nous quittons le cocon familiale, notre fameux port, nous serons pour de nombreuses années, voire toute notre vie, la majorité du temps dans le noir ou, à défaut, dans la brume, le temps de comprendre et d'apprivoiser la mer, de s'acclimater à elle, quitte à changer de bateau pour ne pas s'enfoncer en elle. Mais ces phares, que sont-ils sinon les autres, ceux et celles que nous découvrirons, qui participerons directement de notre vie, quelque soit le temps passé à faire un bout de chemin ensemble.

Oui, à partir de cette simple citation, il y en aurait des choses à dire, des choses à conter, des messages à faire passer. Si j'en avais l'énergie, je continuerai à épiloguer dessus.

jeudi 30 juillet 2015

Mauvaise nuit

30 juillet 2015


Il est 19h00, journée éprouvante pour moi après nuit toute aussi éprouvante, ou je n'ai cessé de me réveiller pratiquement à chaque heure à cause de brûlure que je ressentais au niveau du haut de poumon, celui-là même dont j'ai été opéré. Vers 6h00 du matin, las de ne pouvoir faire un réel somme, je me suis donc levé, mais une demi-heure après je me rendormais dans le canapé du salon et, ce, jusqu'à midi. Depuis, je ne suis pas réveillé pour autant et je lutte depuis afin de ne pas m'endormir avant 21h00. Oui, je n'aurai pas dormi de la nuit que je crois que je serai dans le même état. Comme je disais à Cynthia, je ne comprends pas le rapport qu'il y a, le lien qu'il y a entre mes séances de radiothérapies et le coma dans lesquelles elles me plongent à chaque fois et, ce, pour au moins deux semaines à chaque fois.

Donc, bien que je sois plus qu'à moitié endormi, je commence à prendre la mesure des jours qui passent, qui avancent, me rapprochant inéluctablement du jour du départ, de notre départ de Rennes et, ce, si ce n'est pour toujours, pour au moins un long moment. Demain nous serons déjà à la fin du mois et une semaine plus tard, jour pour jour, nous rendrons l'appartement. De même, ma fille arrivera demain à Paris, chez ma mère, et y passera une dizaine de jours. Je sais que cela lui fait plaisir, elle qui avait déjà passé un week-end chez ma mère il y a quinze jours, voyant ainsi sa cousine et ma sœur, avant d'aller passer ces quinze derniers jours chez les tantes de sa mère, près de Chartres. Le lendemain de son arrivé chez ces dernières, elle m’appelait en pleur, me disant comme elle regrettait de n'être pas resté plus longtemps dans sa famille paternelle. Je lui suggère alors d'appeler sa mère pour voir si elle ne pourrait passer au moins une semaine chez ma mère. Dans la minute ma fille raccrocha, appela sa mère, et me rappela ensuite. Au final sa mère donna son aval, ce qui ravi ma fille. Oui, elle reprochait et supportait de moins en moins que dans sa famille maternelle elle ne puisse s'exprimer comme elle le voulait, afficher ses points de vue, contrairement à ce qui se passe dans sa famille paternelle où, tous et toutes, sommes libres d'avoir notre propre point de vue, même si les autres ne le partage pas, sans que cela n'engendre de drame pour autant. Voilà, ma fille grandi, commence à réaliser les véritables différences qu'il a entre sa famille maternelle et paternelle, et commence à prendre goût pour la liberté, qu'elle soit d'action ou d'expression.

Quoi qu'il en soit, je m'interroge surtout sur la nuit que je vais passer. Sera-t-elle à l'image de la nuit dernière ou sera-t-elle de tout repos ?