dimanche 12 avril 2015

Avec ma fille je serai

12 avril 2015


Ce matin, sans réveil, lever à 4h30. Je n'ai pas essayé de me rendormir, c'est un mauvais rêve qui m'a réveillé. Je me voyais en novembre 2013, gare La Part-Dieu à Lyon, entrain d'appeler Cynthia. J'étais accroupis et, subitement, se déclenchent mes trois crises d’épilepsie consécutive, mon téléphone tombe à terre et Cynthia, la pauvre, ne peut qu'entendre ce qui se passe. Ce rêve est l'exact reflet de la réalité, de ce qui s'est réellement passé cette fin d'après-midi de novembre 2013. C'est suite à ces crises que l'on découvrit mon cancer du poumon et ma première métastase au cerveau. Quelque part, ces crises ont été ma chance car ma tumeur primaire, celle du poumon, n'était pas encore très grosse. Si je n'avais pas eu ces crises, je n'aurai pas su que j'étais porteur d'un cancer, ma tumeur aurait continué à se développer et, le jour où des médecins l'aurait découverte, peut-être que cela aurait été trop tard, que la chirurgie n'aurait servi à rien, que cette tumeur aurait engendré d'autres métastases dans mes poumons, mes bronches et Dieu sais où encore. Quoi qu'il en soit, une fois réveillé par ce rêve, je me suis levé et j'ai pris mon premier café de la journée. Une demi-heure plus tard Cynthia se levait à son tour, prenait son petit-déjeuner, se préparait et vers 6h30 nous sommes partis ensemble à la gare afin qu'elle prenne son train pour Lyon, pour voir sa mère, son père et peut-être ses sœurs. Je l'ai quitté sur le quai, une fois qu'elle fut rentrer dans la voiture 17 de son TGV, puis suis rentré seul à notre domicile. Ce matin il y avait du brouillard, beaucoup de brouillard. A présent, il est 13h30, c'est un ciel bleu et illuminé qui règne sur Rennes.

De retour chez moi vers 7h15, je suis allé sur le blog de Catherine afin de poursuivre ma lecture. Actuellement j'attaque le mois de septembre 2013 de son blog, mois où elle en voulait manifestement beaucoup à la marque Nivéa de mettre dans certaines de ses crèmes des produits susceptibles de favoriser je ne sais plus quel type de cancer, preuves à l'appui, études scientifiques à l'appui. Si j'étais aussi battant que Catherine, je ferai la même chose et mènerai un combat contre l'industrie du tabac. Mais je ne suis pas Catherine, je suis simplement moi, un fainéant qui ne crois plus en grand chose dès lors que l'argent entre en jeux. Oui, là-aussi elle force mon admiration. Comme si elle n'avait pas assez à faire avec sa maladie, celle qui lui est propre, non, c'est une va-t-en guerre et se choisit des combats. Combattre, surtout lorsque l'on pense que sa cause est juste et même si cela demande de l'énergie, nous fais nous sentir vivant, aussi paradoxal cela puisse être. En tout cas, quand je militais pour la cause des pères, c'est ce que j'éprouvais. Non seulement on se sent vivant, mais surtout utile, tant que la désillusion ne s'empare pas de nous pour une raison ou pour une autre.

J'étais donc entrain de lire Catherine lorsque vers 8h00 ma fille m'a appelé. Vu l'heure, j'étais étonné qu'elle ne dorme pas, elle qui est une vraie marmotte. Soit-disant, elle m'appelait pour me demander ce que je pensais de la photo qu'elle m'avait envoyé la veille au soir. Sur cette photo, elle était avec sa copine qui doit peut-être monter avec elle à Paris. Elles avaient passé la soirée à se maquiller le visage en long, en large et en travers, ma fille ressemblant à un chat et son amie à une espèce de damier ambulant. Une fois mon avis donné sur leur maquillage, ma fille me demande alors si je ne peux pas appeler le père de son amie, Léa (je crois), afin d'organiser leur voyage sur Paris. Je n'ai pas relevé, mais encore une fois, peut-être sans s'en rendre compte, ma fille recommençait à me mener en bateau. Plutôt que de me dire clairement qu'elle avait peur que sa mère refuse, me demandant en conséquence de faire en sorte que cela puisse se faire, non, mademoiselle fait comme si de rien n'était, comme si l'objet réel de son appel n'était pas ça, mais uniquement la photo prise la veille. Cependant je n'ai pas relevé, je constate juste qu'elle n'a toujours pas compris ce que signifiait être franche, qu'elle n'a toujours pas compris qu'il ne fallait pas me prendre pour plus con que je ne le suis. Je lui ai donc répondu que sa mère m'avait dit qu'elle gérerait cela et que je m'en tiendrai à ce qu'elle aura décidé. Effectivement, concernant les vacances, il y a eu du changement depuis hier soir. Cela fera certainement plaisir à Mamy, à Zazou et, évidement, à moi ! Oui, suite à vos avis et à mon regret, j'ai pris sur moi de rappeler hier soir ma fille afin d'avoir sa mère au téléphone. Lorsque j'eus Nathalie, je compris que le planning de vacance de ma fille ne correspondait pas à ce que j'avais compris lorsque ma fille m'en avait parlé. Effectivement, ma fille ira bien en centre aéré, mais à partir de demain et ce, jusqu'à vendredi. J'ai alors demandé à Nathalie si je pouvais la prendre pour la semaine suivante, avec sa copine si elle était d'accord. Nathalie s'est montré très conciliante, je le reconnais, et m'a dit d'accord. Je monterai donc à Paris vendredi prochain, ma fille arrivera le lendemain avec ou sans sa copine, et repartira le jeudi ou le vendredi suivant. Je ne peux m'empêcher de me dire que c'est une bonne chose de faite et ma fille, sachant cela depuis hier soir, se remue donc les méninges pour tout faire afin que sa copine soit avec elle, d'où l'appel et sa demande cachée de ce matin.

La théorie c'est bien, c'est même simple, j'excelle d'ailleurs en cela, mais passer de la théorie aux actes est nettement moins simple, surtout pour moi dans bien des domaines. Nathalie ne voulant plus me parler, pourquoi lui parlerais-je ? Mais si je ne lui parle pas, comment tenter de rattraper le coup pour que je puisse être avec ma fille, au moins quelques jours, pendant ces vacances ? C'est le serpent qui se mord la queue et, surtout, mon ego qui se manifeste. Alors merci Mamy, merci zazou, de m'avoir inciter à voir ma fille, quoi qu'il se soit passé par ailleurs. Oui, si je n'avais pas eu vos avis, je serai resté sur ma première position, même si c'était aussi à mon détriment. Je n'osais appeler Nathalie parce que j'avais peur d'essuyer un refus de sa part, ce qui était insupportable pour mon ego. Mais hier soir j'ai pris sur moi, accepté à l'avance une fin de non recevoir, et j'ai appelé Nathalie. Que dire de plus, sinon que je suis satisfait du résultat ? Encore une fois merci Mamy, merci Zazou, car c'est bien vos avis qui ont remis mon ego en question, qui m'ont incité à écouter plus mon cœur, mon amour pour ma fille, que ce dernier.

Quelle heure est-il ? 18H30. J'ai passé une bonne partie de l'après-midi à terminer de les lire les articles que Catherine a publié en 2013. Demain, j'attaque ceux de 2014. A présent je la connais mieux, pas bien, mais mieux, car entre deux articles sur son cancer, elle publie aussi des pages heureuses sur sa vie, avec sa ville, Le Croisic, son homme comme elle l'appelle et ses deux petits hommes comme elle nome ses deux fils, et enfin son chien, fidèle compagnon de ses promenades quotidiennes. J'ai ainsi appris que sa vie professionnelle s'était faite à Paris. Pour un peu, même si c'est peu probable, nous aurions pu nous y croiser dans le temps, ce temps où Paris était aussi ma ville. Elle a tout quitté en 2012, peut-être même avant, Paris et son travail, ne pouvant malheureusement que se consacrer à sa maladie qui la handicape beaucoup physiquement. Oui, c'est une battante et je suis sûr que lorsqu'elle travaillait, avant l'apparition de son second cancer, lorsqu'elle était encore en période de rémission, elle excellait dans ce qu'elle faisait. C'est comme avec ses enfants, ou pour ses enfants, nés entre son premier et second cancer, elle se donne à fond, ne se ménage pas, quitte à en souffrir physiquement.

Oui, si on se donne la peine d'écouter ou de lire, toute histoire est intéressante, de toute histoire il y a des leçons à tirer, des réflexions qui prennent formes, des idées, des sens, des directions que nous découvrons. Oui, à part Cynthia et Tony, je n'ai jamais connu de personnes comme Catherine. Ou plutôt si, j'en ai croisé plein, mais je les évitais car nous n'étions pas dans le même état d'esprit, celui de la réussite, de se donner les moyen de cette réussite. Moi, je n'ai jamais fait de la réussite un cheval de bataille. Certes, je ne cherchai pas l'échec, mais je ne cherchais pas à devenir le meilleur, même si avec un peu d'effort, moins de fainéantise, j'aurai largement pu faire partie du nec plus ultra dans le domaine qui était alors le mien, le secteur commercial. Oui, j'avais le bagout, le verbe, la conviction, étais payé à la commission, mais seul m'importait d'avoir un salaire décent. Je ne cherchais pas le mirobolant et c'est en faisant le strict minimum syndical que j'avais néanmoins un très bon salaire, deux fois le smic de l'époque alors que je n'avais même pas 25 ans. Puis il y eut Michel et tout fût fini, à jamais, y compris lorsque j'ai réintégré le monde du travail presque dix ans plus tard. Mais même s'il n'y avait pas eu Michel, jamais je n'aurai ressembler à Catherine, Cynthia ou Tony. J'aimais trop m'amuser, en faire le moins possible et ne prenais pas au sérieux mon emploi de conseiller commercial en assurance. Je prenais çà comme un jeux, un jeux lugubre puisqu'il fallait faire pleurer les clients pour qu'ils signent mes contrats d'assurance-vie, et je les faisais pleurer, culpabiliser. J'avais un quota de contrat à faire par mois. Bien souvent, en deux semaines j'avais atteint mon quota et les deux semaines suivantes je me reposais. Cela horripilait mes supérieurs hiérarchiques, ils ne comprenaient pas mon comportement, ils ne comprenaient pas que je ne veuille pas gagner plus, être plus riche encore. De mon côté, avec l'argent gagné par mon quota, je pouvais manger tous les jours au restaurants, ce que je faisais, je pouvais inviter mes amis, ma petite amie, Virginie, me payer des costumes de marques et des tas de babioles inutiles mais qui faisaient bien dans le décor. Pourquoi gagner plus puisque j'avais déjà plus que ce que je ne pouvais m'imaginer auparavant. Le métier de commercial, je le compare au métier d'avocat, de politique. Tout est dans la parole, le mot, le verbe, et dès lors que la confiance est construite entre vous et le client, alors tout est fait, même si par la suite les promesses, les services, les résultats attendus par le client ne sont pas forcément au rendez-vous. Vous trouverez alors une bonne excuse à ses déconvenues, le rassuré à nouveau et lui proposerez même un autre produit afin de combler son manque ou son mécontentement. Oui, aucun avocat et aucun politique ne peut vous garantir le résultat de ses déclamations. Pour un commercial, surtout dans le secteur de l'assurance, du placement financier, c'est pareil. Qui peut prédire le rendement d'une action, d'un sicav ou de n'importe quel autre produit financier dans cinq ans, dix ans, vingt ans ? Tous mes clients signaient pour 20 ans d'engagement minimum. Bien entendu je ne leur parlai pas du revers de la médaille, de ce qui se passerait pour leur placement en cas d'échéance non payé ou de rupture de contrat avant l'heure. Non, je ne leur parlai que du côté mirobolant des choses, et c'est vrai qu'il y en avait, mais pour les obtenir il ne fallait aucune faute de leur part et être patient, très patient, car vingt ans c'est long.

Je replonge dans ce passé et je ne sais même plus pourquoi. Ah si, c'était l'histoire des réussites, un esprit vraiment propre aux parisiens,car si l'on est pas dans cet état d'esprit, impossible de trouver un travail assez rémunérateur pour habiter la capitale et y vivre décemment, voire plus. Il faut avoir les dents longues, être prêt à rayer le parquet et moi, bêtement, je voulais juste que l'on m'aime, que l'on m'apprécie indépendamment du montant de mon compte en banque. En cela, je n'étais pas un vrai parisien, même si à l'époque je ne connaissais que ce microcosme. Cependant, parce que j'ai grandis essentiellement avec des délinquants, cette notion de réussite dans le monde du travail nous était étrangère, comme une autre langue.

J'ai eu Cynthia au téléphone tout à l'heure, par deux fois. La première fois elle était avec sa mère, à la maison de repos et continuais à corriger les copies de ses élèves. La seconde fois elle était rentré chez son père. Elle n'a pas reconnu sa mère tellement elle va mieux. Non seulement elle était dans son fauteuil roulant, mais de plus, ce que je ne savais pas, elle réussissait à manger seule maintenant. Plus de tremblement dans son bras, dans ses mains, dans ses doigts, qui l'empêchait naguère de manger seule. Une bonne nouvelle de plus donc. Pendant que Cynthia était avec elle, j'ai demandé à lui parler. Là aussi, sa voix n'était plus tremblante et elle semblait être complètement alerte. Nous avons parlé de son retour chez elle, jeudi prochain, juste après sa séance de chimiothérapie. Oui, toutes les trois semaines elle aura une séance de chimiothérapie servant à stabiliser ses métastases et jeudi prochain, parce que ses plaquettes déconnent, elle devra certainement subir une transfusion de sang en prime. Mais bon, il faut ce qu'il faut, et si cela lui permet de rentrer enfin chez elle, que demander de plus au peuple ?

samedi 11 avril 2015

Ma fille, Catherine et Cynthia...

11 avril 2015


Aujourd'hui a été une journée sieste, une ce matin, une cet après-midi, et me voici dehors à 18h00, histoire de prendre un peu l'air. Je viens d'appeler ma fille, histoire de savoir ce que sa mère avait prévue pour ses vacances. Si j'ai bien compris, ma mère négocierait sa venue à Paris pour la semaine prochaine et ce, pour quatre jours. La réponse de Nathalie, la mère de ma fille, doit tomber aujourd'hui. Ma fille doit me tenir au courant et si cela se fait, en fonction des dates, je descendrai alors également à Paris. A cause de mon chat et de Cynthia qui part demain à Lyon et ne rentre que mercredi, je suis bloqué à Rennes pendant ce laps de temps. De même, si ma fille monte à Paris chez ma mère, elle sera en compagnie d'une copine dont elle ne cesse de me parler depuis un mois. Enfin, pour encourager Nathalie a accepter la proposition de ma mère, je lui ai proposé de prendre à ma charge les billets de trains de Jade. Quoi qu'il en soit, tout est entre ses mains, pas dans les miennes, puisqu'elle refuse de parler avec moi pour l'instant, depuis que j'ai annulé les vacances prévues avec Jade exactement. La semaine suivante, elle a inscrit ma fille à un centre aéré et à je ne sais quelles activités. Donc si je dois voir ma fille, si cela se peut, ce sera entre mercredi prochain et le dimanche suivant. Nous verrons.

Ce matin j'ai également été continuer ma lecture sur le blog de Catherine. En 2013 elle publiait beaucoup, presque tous les jours. Là j'arrive au mois de septembre 2013 et j'ai remarqué que de cette date jusqu'à aujourd'hui, elle ne publiait que quatre à cinq articles par mois. Il est vrai que lorsqu'elle a ouvert son blog, les nouvelles n'étaient pas joyeuses, non seulement pour elle, mais également dans son entourage. Elle venait de perdre un ami d'enfance, mort d'un cancer lui-aussi, si j'ai bien compris. Oui, comme moi, je pense qu'elle a eu alors le besoin d'ouvrir un blog afin d'extirper d'elle tout ce qui la traversait, éprouvait. Donc elle a écrit beaucoup pendant qu'elle était dans la maladie, les conséquences de son cancer du sein, les examens d'alors et les traitements. Je me dis que si par la suite elle a moins écris, c'est parce que cette phases d'alerte est passé,le danger imminent passé. En 2013 elle se demandait si elle connaîtrait 2104. Alors je lui ai rappelé qu'elle connaissait même 2015 à présent. Oui, elle lutte, il n'y a pas à dire, mais il est clair que psychologiquement nous n'abordons pas du tout la maladie, ses conséquences, l'épée de Damoclès au-dessus de nos tête, de la même façon. Elle veut rester positive, je le sens et le lis. Son cancer du sein a été découvert en 2009 et depuis, quelque soit les aléas, elle ne veut pas se laisser abattre, ne serait-ce que pour ses deux fils, et fait tout pour garder le moral. Pourtant, depuis 2009, même après l'opération, l'ablation du sein, le cancer ne l'a pas laissé tranquille, créant régulièrement des métastases dans son corps et dans les os. Pour ma part, face au cancer, je ne cherche pas à rester positif. Non, c'est autre chose. Comme je ne crois pas qu'il me foutra la paix définitivement, mon esprit est le plus souvent dans la fin, ma fin, et ce que je veux c'est accepter sereinement cette fin. Dit autrement, je me sens en sursis, comme quelqu'un qui est dans le couloir de la mort dans je ne sais quelle prison américaine, et j’apprends à apprivoiser l'attente, à apprécier chaque instant qui passe où, en toute conscience, je réalise que je ne suis pas encore sur la chaise électrique et çà, ce n'est que du bonheur. « Bonheur » est peut-être un terme trop fort, mais au moins je suis dans le contentement, un réel contentement. D'avoir annuler mes vacances avec ma fille est une erreur de ma part, car je me suis privé de moments de réels contentements. Oui, elle a beau m'avoir menti, me mener en bateau, je ne peux m'empêcher de l'aimer et de la désirer à mes côtés. Cela, je ne peux que le constater.

Il y a Cynthia aussi, mais du fait de toute la charge de travail qu'elle a en ce moment, nous n'avons pas vraiment de moment à nous. Cela me manque, j'ai l'impression que c'est du temps perdu, mais du temps perdu pour moi, égoïstement, de manière égocentrique, car pour elle ce n'est pas du temps perdu, c'est tout son avenir professionnel qui se joue et je ne dois pas être une entrave à ce processus qu'elle a entamé il y a six ans maintenant. Elle est dans la dernière ligne droite, l'aboutissement de tous ses efforts, et il serait plus que dommage qu'elle ne gagne pas enfin son jackpot. Donc demain matin nous allons nous levé tôt, son train partant à 7h00. Évidement je l'accompagnerai à la gare, quitte à me lever à 5h00 du matin. Les quatre jours à venir vont me paraître long. Je serai seul dans ma grande maison et, je le crois, je passerai l'essentiel de mon temps dehors, à écrire sur tout et sur rien, histoire de combler l'absence, le manque. Bien sûr je l’appellerai souvent, au moins trois fois par jour, ne serait-ce que deux seconde, le temps d'entendre sa voix. A chaque fois cela m'apaise, comme lorsque je la contemple entrain de corriger ses copies. Pourtant, lorsque nous sommes en tête à tête à la maison, durant les repas par exemple, nous n'avons rien à nous dire, je n'ai pas envie de parler parce que je ne sais de quoi parler. Il en va tout autrement lorsque nous sommes dehors, ensemble, soit pour aller boire un verre soit pour se promener. Là nous avons des choses à nous dire, là je me sens la force de l'écouter, de l'entendre et de dialoguer. A la maison, je ne sais pourquoi, je n'ai pas cette force. Même si notre appartement est grand, beau, bien agencé, je m'y sens pourtant comme dans un cercueil, comme si la vie avec un grand V n'était pas là, mais bel et bien dehors, ailleurs qu'entre des murs. Oui, quitte à être dans le couloir de la mort, à quoi sert-il de s'infliger en plus une mise à l'écart des autres, du monde du vivant, celui qui est mouvement et action, qu'il s'agisse du temps, du climat, du vent qui souffle ou non, des branches d'arbres qui bourgeonnent, des gens qui vont et viennent, rient ou pleurent ? Mon appartement est ma geôle, ma cellule, et j'apprécie d'en partir à chaque fois que je le peux. Alors je me dis vivement que Cynthia ait son diplôme, elle aura ainsi plus de temps libre, vivement des vacances que nous passerions ailleurs que dans notre lieu d'habitation, car dans mon esprit mon domicile, ses murs, où qu'ils se trouveront, seront l'endroit où je mourrai.

vendredi 10 avril 2015

Catherine II

10 avril 2015


Il est 10h00 et, depuis mon lever vers 8h00, je suis encore dans l'histoire de Catherine. Cela me rend morose, car à travers son parcours, même si entre son premier cancer et aujourd'hui il s'est écoulé presque vingt ans, vingt ans de vie en plus, de quotidien en plus, même si son premier cancer fut éradiqué, le second, celui du sein, ne se manifestant que quelques années plus tard, un second cancer qui n'a peut-être aucun lien avec le premier, il n'empêche que depuis il n'y a plus eu d'éradication de la maladie. Des métastases à droite ou à gauche, dans ses os, peut-être ailleurs depuis 2013, des hospitalisations, au moins une opération chirurgicale, les examens fastidieux, les traitements et leurs effets secondaires, est-ce une vie que tout cela ? Sa trajectoire me dresse un panorama de ce qui m'attend sûrement, car en l'état rien n'est éradiqué chez moi, les métastases sont toujours dans mon cerveau et, pour l'instant, n'ont pas décidé de me foutre la paix. Vais-je finir le cerveau éteint à force de trop de séances de radiothérapie ? Qui sait... ?

Je pense également à ma fille et je regrette vraiment d'avoir annulé nos vacances sur un coup de tête, parce que mon ego avait été trop blessé. Oui, ne sachant le temps qu'il nous reste, il est lamentable de ma part de ne pas profiter de tout le temps disponibles pour nous voir, peut importe ses mensonges ou sa mauvaise foi, effet de l'âge, de son jeune âge. Mais tant pis, c'est ainsi et il est trop tard pour faire machine arrière.

Oui, en tout cas ce matin, je serai un être de piètre compagnie, pas drôle, silencieux, plongé je ne sais où dans ma réflexion car il est clair que la découverte de l'histoire de Catherine fait travailler mes méninges. Je découvre à travers son témoignage ce qu'est un cancer « avancé », contrairement au mien qui ne fait que démarrer, et toutes les galères physiques, psychologiques que cela génère sur la durée. Alors je pense au cancer de Mamy et me demande à quel stade elle en est, à quel palier, si des métastases se forment encore, si elle a du répit, bref, je m'interroge. Dès lors que Catherine a eu son cancer du sein, si j'ai bien compris, c'en fût fini du repos, du répit. Combien de temps a-t-elle eu pour vivre, respirer un petit peu, entre son premier et second cancer ? Cinq ans ? Plus ? Je ne le sais pas. Mais depuis son cancer du sein, son histoire ressemble au parcours du combattant, une combattante qui ne veut pas montrer à ses enfants et à son mari ses moments de faiblesse, qui se cache d'eux lorsqu'elle veut pleurer, bref, un combat supplémentaire pour les épargner, ou tenter de le faire. Oui, je suis dans l'expectative, dubitatif, car si tout le monde connaît les termes de « cancer avancé » ou « généralisé », cela n'indique rien sur la manière dont vivent les personnes qui sont dans cette phase-là. Avec l'histoire de Catherine, j'apprends donc petit-à-petit ce que c'est et, contrairement à elle, j'aurai bien du mal à en rire, ce qu'elle tente de faire néanmoins.

Il est à présent 17h00. Ce matin je suis donc retourné sur le blog de Catherine, lu une bonne dizaine de ses articles, apprenant ainsi ce qu'était concrètement un cancer du sein, les examens et les traitements qu'il génère, la chirurgie esthétique qui s'en est suivi, chirurgie mal faite pour Catherine. Oui, je ne connaissais pas les traitements aux hormones entre autre. Du coup, je vois sous un autre angle ce type de cancer et elle m'a également appris que le cancer du sein ne se guérissait pas aussi facilement qu'on le dit, loin de là, et qu'il existait différentes formes de cancer du sein.Le sien, si je me souviens bien, était métastatique. Je ne suis plus sûr du terme exacte. Après l'avoir lu, je lui ai laissé un commentaire pour lui signaler que je la lisais toujours, puis je suis rentré chez moi sous les coups de midi. Après avoir déjeuner, j'ai donc fait une bonne sieste de deux heures et me voilà maintenant, de nouveau, à nouveau, à la terrasse du café de la gare, café où j'étais ce matin. Oui, aujourd'hui je n'ai pas eu envie d'aller dans Rennes, dans les quartiers où les gens se promènent, où les jeunes sont plus nombreux que toutes les autres tranches d'âges réunis. C'est un peu comme si j'étais dans un sacerdoce, cherchant je ne sais quel monastère psychique où pouvoir méditer tranquillement, y respirant profondément afin d'y trouver un nouveau souffle, souffle que je sens poindre en moi mais qui ne veut pas encore éclore. L'histoire de Catherine a quelque chose à me dire, je le sens, mais en l'état je ne sais pas quoi exactement. Je suis encore trop dans la découverte et mes idées ne sont pas encore claires face à cet amoncellement d'informations que j'ingurgite chaque jours. Ayant un cancer, je pensais naïvement que je n'avais plus rien à apprendre sur le sujet, que pro ou prou, les examens, les soins, les traitements, étaient les mêmes pour tous les type de cancer. Détrompes-toi Hicham, tu n'y es pas du tout. Chaque cancer n'a de semblable que le nom, mais la maladie est multiple, à plusieurs facettes. De même, d'une personne à l'autre, elle n'est pas du tout vécu de la même façon. Concernant les effets secondaires, là aussi chaque malade réagi différemment. Enfin, si je prend l'exemple de Catherine, dois-je penser que certains corps, certains individus, sont un terrain plus propice à la propagation de cette maladie ?

Ce main, avant de sortir, j'écoutais à la télévision un journaliste faire la promotion de son dernier livre, un livre existentielle dans lequel, si j'ai bien compris, il s'interroge sur le sens de la vie, de nos vies dans la vie. Peut-être que ce livre est intéressant et, s'il était sorti avant que je ne tombe malade, avant que mon cerveau ne puisse plus se concentrer, sans doute l'aurais-je acheté. De même, j'aurai déjà lu le dernier livre de Michel Onfray, « Cosmos », parce que j'apprécie ce philosophe et, d'une manière générale, sa philosophie, sa vue des choses, qu'il s'agisse de son point de vue sur les religion, la psychanalyse ou l'état de délabrement de notre société occidentale. C'est un être engagé et qui s'engage, forme d'être que je n'ai été qu'une fois dans ma vie, lorsqu'il s'est agi de récupérer ma fille, de lutter pour que les pères soient mieux traiter et considérer par notre société à la con. Je me suis alors engagé trois ou quatre ans puis, constatant que rien ne bougeait, que la pensée dominante ne nous était pas favorable, tant dans la rue que dans les bureaux des juges aux affaires familiales, j'ai laissé tombé le combat, je me suis désengagé, résigné, soumis par la force des choses.

Tout à l'heure Cynthia va rentrer. Pour elle et ses élèves, c'est le début des vacances. Dimanche elle partira pour Lyon afin de voir sa mère et ne reviendra que le mercredi suivant. Oui, elle ne peut malheureusement pas y resté plus longtemps à cause du mémoire qu'elle doit rendre en mai afin de valider son année et, ainsi, de devenir professeur titulaire. Quand elle rentrera, je ne veux pas qu'elle me voit d'humeur morose car dès que je suis morose, perdu dans ma tête, elle croit que je ne vais pas bien, ce qui n'est pas le cas du tout, et du coup c'est elle qui va mal. Oui, aujourd'hui, comme hier, je n'ai pas la tête à sourire, c'est clair, mais cela ne veut pas dire que je l'ai a pleurer ou à larmoyer sur mon sort. C'est comme Charlie-Hebdo, lorsqu'il y a eu ce massacre, j'étais en état de choc, ni plus ni moins, pas dans le rire en tous cas. Et bien on va dire que depuis que je lis Catherine, c'est pareil, je suis sous le choc, surtout que ses confidences sont intimes et que son style d'écriture reflète bien dans quel état d'esprit elle vit tout ce qui lui arrive. Oui, plus je la lis et plus je la cerne, et plus je la cerne et plus je suis triste pour elle, non pour moi, car comparativement je suis en excellente santé. De la lire ne me mine pas le moral, pas du tout, mais je ne suis pas inhumain, j'ai un cœur, j'éprouve des choses dont l'empathie, et son histoire ne peut laisser indifférent. D'ailleurs, dès que j'aurai trouvé comment faire, je vais mettre en lien l'adresse de son blog sur le mien. Oui, moi je ne parle pas trop des aspects techniques liés au cancer, qu'il s'agisse des examens, de leur déroulement, des produits que l'on nous injecte, qu'il s'agisse des soins, des machines avec lesquelles sont fait ces soins. Oui, je ne parle pas de tout ça alors que c'est fort instructif pour comprendre le calvaire qu'est cette maladie. Pour ma part, je ne parle que des effets secondaires que  produit sur moi les soins, mais je ne vais pas plus loin dans le détail. D'ailleurs, parce que ma mémoire est une vrai merde, c'est en la relisant que je me suis rappelé que j'avais passé des mêmes examens, dont la fibroscopie dans les bronches, afin de prélever un échantillon de cellules cancéreuses. Malgré l'anesthésie local, je me souviens combien j'ai eu mal, j'ai même alors attrapé le médecin qui faisait le prélèvement par les couilles, si si, tant j'avais mal. J'avais oublié tout çà et bien d'autres examens. C'est en la relisant que certaines choses me reviennent en mémoire. Tous mes examens se sont déroulé en novembre 2013, tout le mois, à l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. C'était déjà l’hiver, la neige commençait à tomber et tous les jours Cynthia était là. Moi j'étais méconnaissable, forcément, effondré, chaos debout. Ma première séance de radiothérapie eu lieu fin décembre 2013, puis de janvier à avril 2014 ce fut quatre séances de chimiothérapie lors desquelles, systématiquement, j'étais hospitalisé trois ou quatre jours, puis fin mai 2014 ce fut l'opération chirurgicale, l'ablation du lobe supérieur droit de mon poumon. Deux mois après, alors que nous pensions avoir vaincu le cancer, on découvre une seconde métastase au cerveau. En août, juste avant de quitter Lyon pour Rennes, j’eus donc le droit à une seconde séance de radiothérapie. Si la première métastase, celle découverte en novembre 2013, est morte aujourd'hui, il n'en va pas du tout de même de cette seconde métastase. Elle, elle ne régresse pas. D'un autre côté elle ne grossit pas non plus. Enfin, il y a cette troisième métastase découverte en février dernier, située juste à côté de la seconde, et les trois séances de radiothérapie qu'elle m'a occasionné. A la lecture de cela, on pourrait légitimement se dire que c'est terrible ce qu'il m'arrive. Et pourtant, comparé à la trajectoire de Catherine, peut-être de Mamy également, ce n'est rien. Même mes effets secondaires sont peu de choses par rapport à la situation de Catherine. Moi,ma douleur est surtout d'ordre psychologique. Quelques psychotropes et cela passe. Pour Catherine, et peut-être pour Mamy, comme pour ma belle-mère, les douleurs sont physiques et ce, au quotidien. Rien n'est pire que la douleur physique, c'est là mon avis. Ces dernières vous handicapent, vous rendant invalide, et même si je n'ai plus le souffle d'antan, même si je ne peux plus porter de charges lourdes, même si je marche à la vitesse d'un escargot, je n'ai pas pour autant de douleur quotidienne. Les miennes sont ponctuelles et assez exceptionnelles. Non, moi j'ai la bonne place comparé à Catherine et à ma belle-mère et c'est sans doute pour cela que j'ai été sur le net à la recherche d'un blog similaire à celui de Catherine, pour être sûr que je n'étais pas au fond du trou, du moins pas encore, pour être sûr que même si mon cancer évolue tout n'est pas perdue pour autant dans l'heure qui suit. Oui, c'est en même temps malheureux et heureux, mais de réaliser qu'il y a bien pire que mon cas me permet de mieux apprécier ce que je vis actuellement, me donne l'envie de plus encore l'apprécier.

Cependant je me dis que nous sommes quand même bien peu de chose et, comme le dit Catherine avec ses mots, il est déjà bien de vivre l'instant présent en sachant que l'on peut n'être plus là l'instant suivant.