lundi 28 septembre 2015

Cancer et encore cancer

28 septembre 2015


J'ai encore passé une sale nuit, nausée, vomissement, nuit hachée, découpée, et de fil en aiguille j'en suis arrivé  à me réveiller vers midi. Cela m'apprendra à trop manger le soir, à avoir un cancer, et à avoir l'estomac à moitié  détraqué. Certes, je prends des anti-nauséeux, mais ils sont d'une très relative efficacité. Ceci dit, comme hier, le soleil règne sur Belfort, mais le vent gâche tout. Je suis obligé pour ne pas avoir froid de porter polo, pull, et doudoune fermée, comme si j'étais à Rennes ou à Paris en plein hivers. Donc, je ne suis pas pressé de ressentir l’hiver d'ici.

Sinon, je suis déjà à demain, dans les préparatifs de mon voyage d'après-demain. En dehors de l'intégralité de mon dossier médical, je ne prendrai que le strict minimum, car je me demande bien comment je vais pouvoir porter tout ça jusqu'à la gare. A l'arrivée, tout devrait alller bien car ma nièce et ma mère viennent me chercher. Ma nièce portera mon dossier médical, bien plus lourd que le peu d'affaire que je prendrai. De même, je pense toujours au 2 octobre, au soir exactement, me demandant si j'irai de suite dans un foyer pour SDF ou non. Je pense que oui, mais qui sait ce qui peut encore se passer d'ici-là.

Je viens de téléphoner à mon beau-père et son ton était d'une fatalité qui ne dit pas son nom, sans l'ombre d'une pointe d'humour, lui qui est toujours le premier à rigoler ou à lancer des calambours. Pour sa femme, c'est de pire en pire, tout est touché, il y a des métastases partout, et là où elles lui font le plus mal, ce sont dans les os et les articulations, celles des bras et des jambes. Tout ce qu'on lui donne pour calmer ses douleurs ne la soulage que peu, n'ôte pas toute la douleur pour autant. Lætitia, la sœur aînée de Cynthia était avec Bernard. J'ai discuté un peu avec elle. Comme Cynthia, elle n'avait vraiment pas un ton à la joie, on sentait dans ce dernier un parfum de mort, celle à venir de sa mère, et bien plus que de l’inquiétude, comme pour son père, était sous-jacente la question « quand » ? Cependant, même si sa mère est dans ce sale état, cette dernière veut continuer à se battre, à se soigner, et a demandé à l'oncologue de lui faire faire les séances de chimiothérapie initialement prévues, séances que l'oncologue ne voulait pas reprendre, estimant que ma belle-mère ne pourrait les supporter et que, de toutes les façons, elles ne serviraient plus à rien pour ralentir la progression de la maladie. Pour mon beau-père, Bernard, les choses sont entendues et, comme il me l'a dit tout à l'heure, lui qui l'a voit tous les jours, il ne peut que constater qu'elle dépéri toujours un peu plus chaque jour et ne se fait plus guère d'illusion. Si j'ai les moyens financiers, que ma fille soit là ou non au mois d'octobre, j'essayerai de passer deux ou trois jours à Lyon, car moi aussi j'ai peur que le pire arrive avant que je ne lui prenne la main, même si c'est la dernière fois. Quelque part je me dis que même face à cette maladie nous ne sommes pas tous égaux face à la mort. La mère de Cynthia souffre physiquement, rien ne la soulage réellement, tandis que moi, lorsque mon cancer sera en phase finale, je ne ressentirai rien, aucune douleur, aucune conscience, je serai parti de ce monde avant même d'être mort, dans je ne sais quelle espèce de coma, sans plus rien éprouver et sans plus penser.

Hier, Anne, pas celle de Rennes, mais celle de mon enfance, de mon adolescence, qui était régulièrement ma nounou, sa famille habitait dans l'appartement situé au-dessous du nôtre, donc Anne m'a envoyé un long SMS me disant qu'elle me lisait régulièrement. Comme d'autre, c'est une cachottière qui ne laisse pas de trace sur ce blog, pas plus qu'elle ne m'appelle. Je ne sais donc pas ce qu'elle pense de ce que j'écris, de mes idées, états d'âmes, etc. Mais ce n'est pas grave, car qu'es-ce que cela changera à ma condition et la manière dont je la vis ? Du coup, je repense à Anne, mais celle de Rennes. Je lui avais dit que j'essayerai de rédiger un tableau de Rennes, mais je ne l'ai pas encore fait. Pour se faire, j'aurai besoin d'être complètement concentré sur cette année merveilleuse passé là-bas, comme l'on est concentré lorsqu'il s'agit de rédiger un poème, chose difficilement accessible à présent pour moi. Pour rendre le vrai de Rennes, tel que je l'ai vécu, il faut pouvoir dire le beau, l'enthousiasme, l'élan, la plénitude, tout un tas de choses à développer, sinon c'est comme acheter une boite de conserve plutôt qu'un bon plat fait par un traiteur. Mais un jour me viendra l'envie et la force de consacrer un portrait à cette ville. Un jour j'ai fais un portrait de Paris, c'était juste avant de partir pour Lyon, à la conquête de Cynthia. Le portrait n'était pas glorieux, car Paris, sans ses monuments et ses vieux quartiers, serait indigeste.

J'aimerai quand même écrire des choses plus gais, comme ma journée d'aujourd'hui que j'ai passé agréablement, sans prise de tête avec personne, même avec ma mère qui m'a appelé pour un courrier quelconque adressé à mon nom, à son adresse, endroit que je n'habite plus depuis 2008. Je lui ai dit de le jeter et, encore une fois, il a fallut que j'insiste. Ma mère me fatigue, vraiment, rien ne peut être simple avec elle, elle a toujours quelque chose à redire quelque soit votre propos, votre souhait ou votre acte. C'est plus que lassant, ce l'était déjà avant et ça l'est plus encore maintenant, car devoir convaincre, non seulement ne m'intéresse plus du tout, mais en plus m'épuise. C'est de l'énergie perdue pour rien tandis que je ne demande que du repos. Mais bon, là encore, je n'écris rien de très gai. Est-ce à dire que je ne trouve que dans les choses qui paraissent trites, mornes, sombres, matière à penser ? Effectivement, je ne pense pas aux plages et au soleil tous les jours, effectivement je ne suis pas gai plus que çà en pensant au séjour de ma fille auprès de moi du 17 octobre au 28. Enfin de compte, plus rien ne me rend véritablement gai, aucun moment passé avec quiconque ou seul ne me transporte, cela m'a également l'air révolu dans mon évolution psychologique, plus rien ne m'impressionne, pas plus que rien ne me surprend vraiment, que ce soit dans le pire ou le meilleur. Oui, plus ça va, et plus j'ai l'impression de devenir un imperméable sur qui tout coule, que rien n'affecte réellement, que plus rien d'extérieur ne peut pénétrer, seule l’évolution de mon cancer me posant le seul réel problème, la seule chose qui me maintienne éveillé, la seule chose qui est encore un réel intérêt pour moi, bien avant qui que ce soit, quoi qu'il se passe, mais ce n'est pas volontaire, ça s'est imprimé ainsi dans mon cœur et dans ma tête, et je fais que suivre le mouvement, les vagues que cela provoque ou non. Non, honnêtement, je ne me sens pas triste, pas plus que les sujets que j'aborde, même si je comprend parfaitement qu'ils peuvent être rébarbatifs, tristes à vos yeux, voire déprimant, non, tout cela n'est pas ainsi pour moi. Bien que je le cherche pas, je constate que je prends tout avec beaucoup de recul, y compris l'état critique de ma belle-mère, et dans la mesure de ce que je peux, mon propre état. Certes, lors des mauvaises nouvelles, qu'elles me concernent ou non, je suis pris à vif, je suis en plein dedans, la tête dans le guidon, mais trois ou quatre lus tard c'est comme si tout s'estompait, prenait un autre angle, un autre visage, et plutôt que de me lamenter, d'avoir le cœur toujours serré par ce que j'ai appris, j'en acceptai la fatalité, revenait à l'essentiel, c'est à dire la santé, condition indispensable pour continuer à vivre. Toute ma vie, parce que mon corps n'a jamais été en danger, moi j'étais essentiellement mon intellect, comme la majorité d'entre nous, ne me préoccupant absolument pas de mon corps puisqu'il marchait. C'était s'ignorer, ne rien comprendre à ce que nous sommes, car lorsque le corps se détraque, ce n'est pas l’intellect qui peut le guérir. Au mieux notre intellect peut nous aider à supporter notre état, à garder tant que se peut le moral, mais face à des maladies mortelles, que peut-il faire ? Dans nos sociétés modernes, on a oublié, voire on ne sait tout simplement pas, comme moi, ce que signifie « une bonne alimentation », l'importance de l'entretien physique de son corps, car c'est bien beau de n'entretenir que l'intellect, que ce soit à l'école, en se cultivant ou en faisant des sorties culturelles, encore une fois, si un jour le corps lâche, c'est le plus souvent parce que vous l'aurez délaissé.

Voilà, ma journée dehors est sur le point de se finir. Je vais rentrer à la maison, rejoindre Cynthia et notre grosse chatte, dîner léger afin de ne pas connaître à nouveau les déboires de ma nuit passé. IL fait encore jour, mais la nuit ne va pas tarder à tomber. J'ai encore envie d'écrire comme d'autre désirerait une glace au chocolat, mais sur quoi, je n'en sais rien. Ou plus exactement, si, je sais parfaitement sur quoi disserter, toujours le cancer, le mien, celui de ma belle-mère, de l'échéance de la mort que cela signifie, de ce que signifie vivre dans ces conditions. Mais bon, j'y reviendrais une autre fois, forcément, inévitablement, caron ne peut se séparer de son corps, surtout quand celui-ci programme votre fin, que vous le savez, et qu'il n'y a aucune issue possible mis à part des pansement et de la pommade.

dimanche 27 septembre 2015

Pensées

27 septembre 2015


Donc, depuis deux trois jours j'arrête mon antidépresseur. Je ne sais si de ce fait, déjà, cela agit, mais je ne me réveille plus aussi guilleret, c'est certain. Non, de suite j'ai en tête des pensées qui me rendent plus ou moins moroses, même si ce sont les mêmes que d'habitude, à savoir ma maladie et son avenir, des interrogations sur mon séjour à Paris, si je trouverai vite un logement, même si c'est à l'hôtel, car il y a des hôtels au mois pris en charge, ou en partie, par les services sociaux. Leurs chambres sont souvent réservée aux femmes avec bébé ou enfant sans domicile fixe. Mais je me fou d'être un peu morose, je ne suis pas sombre, noir, pour autant, et, franchement, je préfère que rien ne joue sur mon humeur. Sur l'anxiété, oui, sur l'humeur,ce qui est mon véritable souffle, non, et tant pis si je dois en pâtir parfois. Comme je serai sans Cynthia, dans ce domaine, je n'aurai strictement aucun effort envers personne à effectuer. De toute façon je serai le plus souvent seul et qu'est-ce qu'en ont à faire les gens, surtout à Paris, de ma condition et de mes humeurs. Que je rie ou je pleure, personne ne s'arrêtera, c'est presque certain, et quiconque stopperai sa marche pour venir à moi, que pourrait-il faire ? Enrayer ma maladie ?

Je viens d'avoir Cynthia au téléphone. Elle venait d'avoir sa mère au téléphone, sa mère allongée dans son lit d'hôpital ne cessant de se plaindre de ses douleurs, malgré la morphine et tous les antalgiques qu'elle prend, sa mère qu'elle avait du mal à comprendre car, du fait de sa fatigue, de son épuisement, elle avait du mal à parler, articulant très mal, ayant du mal à bouger les lèvres, sa mère qui réclamait ses petits-enfants, les voir encore et encore, au maximum, car elle se sentait mourir, partir, et lorsqu'elle raccrocha avec Cynthia, c'était en pleurant. Après que l'on vienne me dire que la vie est un miracle, forcément un bienfait, tout cela n'est que foutaise et, une fois de plus, je me range du côté d'Emil Cioran et non du côté des religions ou tout autre forme de spiritualité. La vie est faite pour nous achever, peu importe de quelle manière, esquintant ainsi ceux et celles qui restent autour de leur défunt. Je pense donc à Cynthia, qui vit ce drame à distance, et me demande ce qu'elle préférerait. Être près de sa mère ou non, sachant qu'elle ne pourrait pas faire grand chose pour changer la donne, tout comme son père ne peut pas le faire. Reste la présence, mais dans l'état de sa mère, elle qui a mal tout le tout, que les médicaments assomment au point de dormir presque toute la journée, sent-elle au moins cette présence, peut-elle véritablement se concentrer sur cette dernière, en prendre acte, en tirer un plaisir quelconque. Oui, malgré la souffrance, je pense que la présence, même par téléphone, est un réconfort, mais dans quelle mesure selon l'état de chacun ?

Écrire épuise, ou tout au moins fatigue mon intention, mais cela fait du bien, même si je le fais en plusieurs étapes. Oui, j'ai tout l'impression de jeter dans une grande poubelle, une poubelle sans fond, impossible à remplir, sans plus rien à cacher de ce que je pense, de ce que je ressens, sans plus aucune pudeur tellement elles sont comme des menottes à mes yeux maintenant. Oui, la pudeur, même si cela ne signifie pas qu'elle ne sert à rien dans mon esprit, car elle sert pour une cohérence sociale où nous ne cessons de nous côtoyer, il faut donc des règles communes et la pudeur fait bien souvent partie de ces dernières, mais moi, moi qui sait que je vis mes derniers mois, peut-être mes dernières années avec un peu de chance, qu'en ais-je à faire de ma cohérence avec des gens qui appliquent des règles pour vivre, non pour mourir ? Je n'ai strictement plus rien à faire de ce monde qui ne pense qu'avenir et avenir, sans cesse, d'où leur déprime ou leur joie, ne pensant qu'exceptionnellement que leur avenir aura une fin. Un jour, s'il fait trop chaud, peut-être me mettrai-je nu en plein centre ville, pourquoi à Paris. Bien sûr la police viendra m'arrêter pour outrage à la pudeur, peut-être même serai-je condamné, mais qu'en ais-je à faire franchement, car qu'est que le jugement, quelle valeur à cette sanction comparée à celle que m'inflige mon propre corps ? Tout cela, tout notre système en devient risible. Oui, il n'est pas du tout identique d’envisager demain comme la vie éternelle ou presque ou demain comme sa mort potentielle et ce, chaque jour. Je ne sais quelle est la meilleure de voir les choses, mais je suis certain d'une chose, c'est bel et bien la première façon de voir qui a conduit notre monde, nos diverses sociétés, à êtres ce qu'elles sont, avec leurs inégalités et toutes les injustices qu'elles génèrent. Je me demande donc ce que serait un monde construit avec le second regard, car il est clair que ses valeurs seraient fortes différentes.

Toujours tourné sur mon nombril, je me demande à quelle sauce me manger. Je ne sais plus dire pour ansi dire quoi penser de moi, tellement il me semble me méconnaître. Parfois j'ai l'impression que je veux être un ermitte, ce qui n'est pas vraiment faux dans les faits, mais je sens que parfois j'éprouve également en contact avec l'autre, même si je ne parle pas, ne serait-ce qu'à l'écouter ou être en présence. Je parle, communique, à travers mon clavier, c'est beucoup moins fatiguant pour moi, moi lassant. Là, je pense à Leila qui m'a écrit par mail, s'ouvrant ainsi peu plus de cette manière, et sa vie m'intéresse, de A à Z, de son Algérie natale à sa venue en France, de sa bonne santé à son cancer primaire du cerveau. Encore une fois je suis triste, ne me donne vraiment pas envie d'aimer la vie, lorsque je constate son bas-âge et cette maladie qui la ronge avant même qu'elle est découvert bien des choses, bien des aspects positifs, légers, de la vie. Comme pour Cynthia, comme pour vous touts, je vous souhaite de durer le plus longtemps et, puisque nous sommes là indépendamment de notre sort personnel, de vous épanouir au maximum, de trouver ou de construire ceci pour cela, quitte à vous croire égoïste dans le mauvais sens du terme, car qui pourra répondre à vos besoins mieux que vous-même ? Cela n'implique de marcher sur l'autre ou de le nier, mais comme à table il faut qu'il y ait à mangé pour tout le monde, il ne faut pas hésiter à réclamer son dû, cela n'empêchera pas les autres de manger à leur faim, même s'ils doivent changer quelques habitudes, comme cesser de mettre la télé lorsqu'on est à table, cela ne les privera pas de la regarder en dehors de ces créneaux horaires. Donc, à part que je veux être tranquille, que le meilleur moyen pour y parvenir est de fréquenter le moins de monde possible, voire presque plus ou plus personne, je ne sais pas pour autant qu'elles sont devenues mes nouvelles valeurs, je n'arrive pas bien à les définir. A part la santé dont j'ai bien compris la valeur de l'importance, hormis ce qui concerne directement mon cancer, le reste de mon corps je m'en fou. Ceci est une ineptie, car tout le corps est lié, en communion plus ou moins totale, et ne focaliser que sur une partie et délaisser tout le reste est, à mon sens, un bêtise. Pourtant c'est que je fais, sans état d'âme, car je pense que quelle que soit la partie de mon corps que j'entretiens, le cancer en aura raison et, comme je ne cherche vraiment pas à vivre longtemps, même si depuis deux ans c'est à peu près agréable, malgré quelques coups d'adrénaline, de panique, car je peux faire ce que je veux ou non, dans la limite de ce que je peux faire évidement, le tout dans mon rythme parce qu'il n'y a pas d'autre choix, courir, me presser, me précipiter étant dans un autre temps, révolu, condamner à jamais, ayant déjà un rythme et la force musculaire d'un vieux de plus de 80 ans. Heureusement que les valises à roulettes existent désormais, car sinon je me demande comment je ferai pour effectuer des voyages.

Alors, mes valeurs, que sont-elles devenues depuis deux ans ? Je sais que celles antérieures se sont effondrées, effritées. Pour autant je ne sais toujours pas par lesquelles elles ont été remplacées. Pour vous dire la vérité, je crois que je n'en ai plus vraiment, même pas à inculquer à ma fille. C'est plutôt une manière de vivre, une façon d’appréhender les choses, qui se dessine dans mon esprit et dans mes actes en conséquence. Éviter systématiquement les gens qui m'ennui ou me dérange, éviter ceux que je ne sens pas, peut-être à juste tort, éviter de faire de nouvelle rencontre à priopri, non pas pour les personnes elle-mêmes, mais simplement parce que je n'ai envie de parler, cela me fatigue vite trop vite, être le plus souvent seul en conséquence, en silence radio s'il le faut, quitte à inquiéter certaines personnes, à commencer par ma mère. Oui, la seule personne que j’appellerai tous les jours lorsque je serai à Paris, et peu importe le temps que cela durera, sera Cynthia, bien avant ma fille, même si elle qui me préoccupe le plus, son entrée dans l'adolescence et son aversion qu'elle a de plus en plus envers sa mère et le compagnon de cette dernière. Il y a encore trois ans je me serai satisfait de cette situation, j'aurai estimé que c'était un juste retour des choses, que ma fille commençait à rendre coup pour coup tous les coups que sa mère nous avait porté, même si à l'époque Jade n'en avait nullement conscience et ne voulait pas en entendre parler. Mais aujourd'hui, ce n'est vraiment plus dans ce registre que je pense et, tant que faire se peut, j'ai ranger au placard la vengeance, même s'il reste toujours une pointe d'amertume, surtout celle de ne pas pouvoir participer à élever ma fille, à l'éduquer, simplement parce que le désir de sa mère était ainsi et qu'elle a tout mis en œuvre pour qu'il se réalise. A ma modeste mesure j'ai tout fait pour l'en empêcher, que ce soit devant la justice ou les kilomètres. De même, je le sais, je n'ai pas fait tout ce qui était en mon pouvoir pour me rapprocher de ma fille, empêcher sa mère devant la justice de déménager sans m'en avertir, en conséquence j'aurai peut-être eu une chance de la récupérer si sa mère avait persisté dans sa démarche. Mais rien, je n'ai rien fait de tout cela, et sitôt après le verdict du juge, pourtant très clément en ma faveur, j'ai laissé tombé les bras. C'est à cette époque que j'ai connu tenu, ma fille avait trois ou quatre ans, c'est à cette époque que ma famille, excepté mon frère une ou deux fois, ne m'a aidé concrètement pour que sois sous un même toit que me fille, pouvant l'héberger les week-end et la grande majorité des vacances, car j'étais constamment sous le biais du chantage de ma mère pour se faire ou non, quant à ma sœur, il y avait toujours un problème. Ce sont souvent des amis qui me récupéraient chez eux lorsque ma mère faisait défection parce qu’elle était mécontente de moi, parce que je voulais pas éduquer ma fille comme elle l'entendait, estimant qu'étant un homme, comme ma sœur d'ailleurs, elles estimaient que la mère ou n'importe quelle femme était mieux qualifiée qu'un homme pour élever un enfant. A quel point ne faut-il pas sacrément être une grosse conne ou un gros cons, car là aussi ils sont nombreux, pour avoir une vue de l'esprit aussi coincée, aussi étriquée ? Mais pour en revenir à ma fille et sa situation actuellement, je ne vois plus sa mère là-dedans car elle, je le sais est conne, c'est sa nature, et ne cherche pas à ce que notre fille vive dans le monde d'aujourd'hui, même s'il y a bien des choses à dire sur lui, non, elle cherche et l'a fait vivre déconnecté du monde, sans télé, sans ordinateur, et si je n'avais pas pris un téléphone portable à ma fille pour que nous puissions nous joindre quand bon nous semble, je suis presque certain qu'elle n'en aurait toujours pas aujourd'hui. Non, dans cette histoire de rébellion, c'est à ma fille que je pense, car j'aimerai qu'elle vive dans la sérénité, que ce ne soit pas dans la rancœur qu'elle évolue, cela n'aura rien de très bon sur son présent.

samedi 26 septembre 2015

De tout et de rien

26 septembre 2015


Je pense à Cynthia et, vu de l'extérieur, on pourrait se demander ce que l'on fait ensemble. Effectivement, même si elle est à la maison, moi j'en suis absent. Je me lève et, sitôt une demi-heure passée, voire une heure, quelque soit l'heure, je sort, je la quitte, et ce jusqu'au soir où je ne rentre que vers 20H00 ou 21H00. On pourrait quoi que je la fuis, alors que ce n'est pas ça du tout. Que ce soit à notre domicile, à celui de ma mère, de ma sœur ou de mes amis, je ne supporte vraiment plus de rester de rester en enfermer en quatre murs. A l'hôpital, lorsque je suis hospitalisé, c'est pareil, De même, à part regarder les gens passer, je n'éprouve pas l'envie de les côtoyer, car je n'ai plus la force de me concentrer sur leur pensée, de leurs avis, de leurs opinions ou de leurs convictions. Non que je ne veuille pas, c'est simplement que je ne peux plus. De même, lorsque je suis à Paris avec ma famille ou mes amis, là aussi je ne converse pas beaucoup, cela m'épuise rapidement, et souvent, lorsqu'ils discutent avec de tierces personnes, là aussi je ne prête pas mon oreille, cela me demande trop d'attention et de réflexions de suivre des conversations dont je ne connais ni les tenants ni les aboutissements. Mais revenons à Cynthia. Mardi prochain, le veille de mon départ de pour Paris, je  l'accompagnerai à son cours d'équitation, ce sera au moins une chose que nous ferons ensemble, car plus ça va et plus nous sommes chacun dans nos propres occupations, chacun dans notre coin. même les courses nous ne les faisons plus ensemble, car rester debout une demi-heure, voire plus, je n'y arrive plus non plus, mes jambes flageolent, et il faut alors que je m’assois. De même, je ne peux plus porter de sac un peu lourd, trois ou quatre kilos étant ma limite. Enfin, depuis l’apparition de mon cancer, donc depuis presque dex ans, nous n'avons plus de rapports charnels. Oui, c'est vraiment à se demander quel couple nous formons. Je sais simplement que lorsque nous sommes en présence, même si nous n'échangeons plus beaucoup, elle est la seule personne avec qui je me sens bien, avec qui je peux rester dehors ou dedans sans qu'elle me fatigue, ce qui n'est ni le cas avec mes amis ou ma famille. De même, si parfois je l'agace car je lui fait répéter plein de fois des choses que j'oublie, que parfois je lui dit des choses qui ne peuvent lui faire plaisir, je sais qu'elle me comprends, que pour l'instant elle accepte ceci, que c'est néanmoins une véritable complice, bien plus que mes amis ou mon frère. Quelque part, si nous n'étions pas en couple, elle deviendrait ma meilleure amie, avant Tony, ma confidente et, le cas échéant, ma conseillère, ce qu'elle est déjà bien évidemment.

Aujourd'hui, comme souvent, je n'ai rien qui m'intéresse dans la ville, pas plus les murs que les gens, c'est vraiment comme un petit village, ou plusieurs succession de village, où à l'intérieur de chacun tout le monde semble se connaître, et parce que par les oui-dires que j'entends malgré moi, ils ne m'intéresse vraiment pas, la plupart d'entre eux semble aller dans la débrouillardise, beaucoup semblent sans emploi et, lorsqu'ils en ont un, d'après ce que j'entends, ils sont au SMIG, guère plus. De même il est évident que la majorité d'entre eux n'ont pas poussé les études bien loin, à peine le BEPC, qu'ils n'ont guère de culture générale avancée, et que les thèmes qui m'intéresse, c'est à dire la psychologie, la philosophie ou la métaphysique, même si je me suis essayé avec un ou deux, n'ont pas suivi la distance, c'était plus que du superficielle, du survole, et dès que je rentrai un peu en profondeur, juste sous la première couche du sujet, déjà ils n'avaient plus de répondant, et, ne sachant quoi me répondre, ils acquiesçaient à mes propos. Pourtant, même s'ils sont plus ou moins bourrus, plus ou moi inculte, même s'ils vous répondent avec un ton vraiment sec, froid, ils sont serviables, polies. Oui, concernant le quartier où j'habite, bien que ce soit dans Belfort, c'est vraiment comme une banlieue de Seine Saint-Denis. Les peaux blanches, mis à part quelques vieux et vieilles, il n'y en a pour ainsi dire pas. Par contre, dans la veille ville, c'est complètement le contraire. Il n'y a que dans l'unique piétonne, du fait de tous les commerces présents, que se mélange un peu. De même je n'ai jamais vu autant de femmes voilées au kilomètre carré, jeunes et moins jeunes, et parfois je me demande où je suis car je sais pertinemment que ce n'est pas culture et que je ne partage pas non plus leur religion. Cela me fait souvent bizarre, je me demande où est ma place, mais pour autant je n'ai vraiment l'impression que cela pose problème aux belfortains, qu'ils soient noirs, blancs ou d'origine maghrébine ou arabe. Tout ce petit monde m'a l'air de bien cohabiter, même si chacun a l'air d'avoir ses quartiers distincts.

Quoi qu'il en soit et je pense à mon séjour à Paris, voire mon déménagement, ej me dis que jesrai vraiment seul, faisant ma petite vie comme je la mène et l'ai mené à Rennes, dans mon coin, sans contacts, car si je trouve un logement, je ne sera pas dans mes anciens quartiers, et les transports parisien, la circulation parisienne, que ce soit dans les rue ou les trottoirs, me fatigue trop vite, je pense que je ne verrai que peu souvent mon entourage de là-bas, que la majorité des fois je ne me déplacerai pas vers eux, car encore une fois, à part parler de ma maladie, je n'ai rien à dire, ni aux uns ni aux autres dès lors qu'ils savent ce qui en est. Oui, les soucis administratifs et financiers de ma mère, je ne peux rien faire pour l'aider. A partir de là, je ne veux pas qu'elle m'encombre l'esprit, donc a concentration, concentration qui me fatigue, alors que je suis complètement impuissant face à ses problèmes, y compris problèmes de santé qui, avec, l'âge commence à la diminuer sérieusement. Pour ma sœur il en va de même. Son ras-le-bol de son travail, du trop de surcharge que l'on lui impose, sa frustration de ne pouvoir exercer le métier qu'elle aimerait faire, ses dépressions plus ou moins chroniques, l'argent qu'elle dépense au-dessus de ses moyens, ou tout du moins en étant sur le fil rouge, ce qui la stress également, là aussi je ne peux rien faire pour elle et, même si elle gentil dans le fond, j'en ai assez de la voir toujours se plaindre. Pour mon frère c'est réglé, il est à Toulouse et je n'aurai donc aucune raison de le voir car, en cela je suis bien déterminer à présent, je ne ferai aucun pas vers lui et s'il veut me voir, ce sera à lui de venir à moi par ses propres moyens. Restent Tony et Césard. Césard, même si j'apprécie sa présence et suis prêt à faire l'effort d'aller le voir, comme pour Tony, il me prends quand même sacrément la tête à me mettre Dieu à toutes les sauces, comme ma mère d'ailleurs et, dans une moindre mesure, ma sœur. Cela me freine donc souvent à aller le voir ou à l'appeler. Oui, tout cela sont des discours, des rhétoriques, qu'elles soient musulmanes ou chrétiennes, dont je sature complètement. J'ai pris qu'ils croient en Dieu, cela ne me pose pas de problème et n'aborde jamais le sujet, les respectant dans leur croyance, mais eux, ils semblent incapables de le faire en moi, il n'accepte que pour moi la mort est la fin de toute existence humaine et, ce, définitivement. Ainsi, c'est avec Tony que je passe mes meilleurs moments, et pourtant nous ne parlons pour ainsi dire plus ensemble, un peu comme avec Cynthia. Tony a eu un cancer du foi il y a trois ans maintenant. Cela l'a changé petit-à-petit psychologiquement, lui à fait voir beaucoup de choses autrement, lui indiquant bien, comme pour moi maintenant, où était le superficielle et le principale, les véritables priorités. Un an après que l'on est découvert son cancer et ce, vraiment inopinément, suite à une prise de sang pour mesurer son taux d’alcoolémie alors qu'il avait été arrêté pour un excès de vitesse, donc un an après, la greffe étant le seul moyen de le sauver, mais ne trouvant pas de donneur, c'est sa femme, qui heureusement possédait le même groupe sanguin que lui, un groupe rare, O je crois, qui lui a donné une partie de son foi afin que l'on puisse retirer celui de Tony infesté de tumeurs. Ses tumeurs étaient si grosses et se développant vite, il a eu le droit à de la chimiothérapie locale, où on lui injectait directement les produits chimiothérapiques en plein de son foi, ce qui le brûlait et le faisait monter au plafond. Tout cela a duré un an, puis vint la greffe et, depuis, plus de nouvelle de cancer ou de métastase, et c'est tant mieux. Depuis, comme moi, il parle de moins en moins, bien qu'il soit quand même plus sociable que moi et entretient encore beaucoup de contacts. Je me souviens qu'avant son cancer et, plus encore le mien, nous refaisions le monde depuis que nous nous sommes connus, ou presque. Aucun sujet de société, qu'il s'agisse de politique ou d'autres choses, n'échappait à notre regard, bien souvent à notre critique acerbe. Quand je l'ai connu, il y a près de dix ans, il était délégué syndicale au théâtre de Chaillot, et pour ma part j'avais une vue sur la répartition des richesses qui ne pouvaient que rejoindre les siennes. Aussi, l'un et l'autre habitant dans le seizième arrondissement, là où vous ne trouvez que des cadres supérieurs ou des personnes riches, fréquentant les mêmes brasseries que ces derniers, de fil en aiguille nous finissions par les fréquenter, qu'il s'agisse d'entrepreneurs, de personnes des médias, du staff du PSG, etc, et dès qu'un sujet sur le monde arrivait, guerre, économie, pauvres, émigrants, vous pouviez être sûr que nous rentions dans le lard de ces cols croisés le plus souvent, mais cela de manière courtoise, respectueuse, même si c'était sur un ton franchement sec. Chacun utilisait ses arguments, eux comme nous, mais au final, toujours, ils rendaient les armes. Mais tout cela, toutes ces conversation que Tony et moi avons eu ensemble, avons eu avec qui le voulait, tout cela est révolue. Comme moi il se tient au courant de l'actualité, mais cela ne l'intéresse plus vraiment. Lui aussi, à sa façon, il ne se sent plus vraiment concerné et ce qui l'intéresse dorénavant, c'est de construire sa retraite, de profiter du moment présent, et de ne plus se prendre la tête à essayer de changer les tournures d'esprits des uns et des autres. Comme moi, il est comme dans sa petite bulle, celle qui lui convient, n'a plus besoin que l'on l'y rejoigne, que l'on en soit convaincu. Lui il l'est, comme je suis convaincu de la mienne, là réside l'essentiel, la seule chose importante. De même, tout comme moi là encore, j'ai remarqué qu'il ne prend plus à la peine de s'embarrasser de personne qui ne l'intéresse pas plus que ça, contrairement à hier où il était prêt à qui consacrer un temps à quiconque le sollicitait. Aussi, lorsque nous nous voyons à Paris, nous sommes côte à côte, chacun avec notre café, lui lisant son journal ou échangeant avec une tierce personne, moi regardant le paysage, les gens passés ou l'écoutant lorsqu'il a quelque chose à dire.